Fantasy·Roman

Chronique 35 TRS – Consolament par Céline Rosenheim

Couverture du livre

Résumé : Le duché de Nebleim connaît des heures sombres. Tandis qu’épidémies et catastrophes naturelles se succèdent, les prémices d’une guerre avec la principauté d’Histrionie se dessinent. Malgré cette situation difficile, la duchesse Ermessende espère la lumière. Les Parfaits affirment que la Terre, cette création du Diable, vacille sous les assauts de la foi véritable et que l’apocalypse viendra bientôt délivrer les âmes de leurs tourments. Dans ce monde au bord du précipice, Ermessende de Nebleim et ses vassaux se préparent à livrer bataille, tandis que dans les villes et les campagnes, chacun tente de surmonter les épreuves… jusqu’au jugement dernier.

Consolament est roman de fantasy historique écrit par Céline Rosenheim. Il paraîtra le 8 juin chez Sema Éditions, que je remercie de m’avoir donné l’opportunité de lire ce livre en avant première.

Disclaimer : cette chronique représente ma pensée, et surtout mon interprétation. C’était un livre assez compliqué et très fourni, et j’aime m’amuser à trouver des significations (les restes des analyses de texte aha). Donc tout ce qui est dit ici est mon opinion personnelle. Libre à vous de vous procurer ce livre (actuellement en précommande) pour vous en faire votre propre avis : ici (ebook), ici (epub) ou bien encore par là (mobi).

Cette œuvre de fantasy historique rend hommage aux rites cathares, cette religion qui prend ses racines en terres Albigeoises pour ensuite s’étendre dans le Midi de la France. Ainsi, ne soyez pas étonnés si la théologie est très prégnante ici : elle constitue en effet le fil conducteur de l’histoire, en nous dressant le portrait de ses pratiquants, de ses prêcheurs (les Parfaits) mais aussi de ses détracteurs. Le titre même du livre, Consolament, est une sorte de dédicace à ce courant puisqu’il s’agit du baptême spirituel donné par les Parfaits en deux occasions : la mort (avec la récitation par le mourant de la prière Le Notre Père, ou le Convenenza s’il est inconscient) et l’ordination de nouveaux Parfaits.

Si nous suivons une multitude de personnages – si bien qu’il est difficile pour nous d’ancrer dans nos esprits chacun de leurs noms – l’auteure arrive à poursuivre un fil conducteur bien tendu et sans détour. Le contexte est posé directement en un prologue qui se veut explicatif et légendé : le Diable dirigerait la Terre, les Hommes seraient des anges déchus qui attendraient leur retour en Terre Sacrée. C’est une manière d’expliquer les horreurs du monde (les guerres, les meurtres, les épidémies…) : Dieu ne tolérerait pas tant d’immondices et de malheur.

– Une duchesse qui se drape dans les plus beaux atours a-t-elle le droit de prier pour de pauvres hères ?

Ermessende, Duchesse de Nebleim

Ainsi, l’histoire s’établit dans une atmosphère moyenâgeuse misogyne où la duchesse Ermessende dirige seule le duché de Nebleim après le décès de son mari Carlemor. Elle entre en guerre contre la principauté d’Histrionie, gouvernée par le prince Louis III ; et je dois vous avouer que le nom de cette principauté me fait doucement sourire. Car l’histrion est un homme qui se donne en spectacle, qui dramatise et dont la conduite presque théâtrale pourrait faire penser à une sorte d’hystérie. Et lorsque j’ai lu ce livre, c’est le sentiment que j’ai eu en découvrant Louis III : un homme orgueilleux qui veut l’attention sur lui (mais je ne vous en dis pas plus, il faudra lire le livre pour cela).

Les regards qui s’attardaient parfois sur elle témoignaient d’une certaine réprobation, pourtant nul ne s’était ouvertement opposé à ses desseins. La famille Nebleim régnait depuis des siècles sur le duché et la noblesse pensa sans doute qu’il était plus facile d’humilier un nom qu’une femme.

Narrateur

Il s’agit là d’un livre très intéressant, tant au niveau de la réflexion que de l’écriture : en employant une formulation similaire au début de tous ses chapitres, Céline Rosenheim emmène le lecteur dans une sorte de poésie mélancolique, où le ressac des vagues le porte en triste spectateur de la condition humaine, tantôt énervé par le pouvoir qui a décidé la guerre pour sa propre vanité ; tantôt attristé par le paysan qui subit les catastrophes naturelles sans broncher et perd sa famille car la nature l’a décidé. Le vocabulaire est soutenu certes, mais il est en total adéquation avec l’époque traitée. De plus, ce dernier point est contrebalancé par le fait que les chapitres sont très courts, permettant ainsi à l’esprit fatigué de se reposer. Cela rend le livre totalement abordable alors même qu’il parait, aux détours des premières phrases, un tantinet pointu.

Ne vous attendez pas ici à retrouver un livre d’aventure, car les actions y sont peu présentes. On suit plutôt les vies des habitants de l’Empire, de ses villes, principautés et duchés ; tout en apprenant plus sur le Consolament mais aussi d’autres religions comme celle des moines Anthelmites. Cependant, reprocher un manque d’action à ce livre serait je pense, une erreur, puisque je ne pense pas que ce soit là son message. J’imagine plutôt qu’au delà de l’hommage aux cathares, l’auteure nous enjoint à réfléchir sur notre condition : malgré la différence des religions, il y a un point commun à tous les humains : ils ont besoin de croire. Croire pour éviter la souffrance, croire pour penser au meilleur… Croire pour échapper aux horreurs, croire en l’Après, croire en l’espoir d’un monde lavé de ses pêchés… D’ailleurs, c’est assez fou de voir que de nos jours, en sortant du cadre de ce livre, les Hommes se posent toujours les mêmes questions. Les explications et la croyance se porte sur un autre sujet, mais elle est toujours là.

Je pense simplement que lorsqu’une affirmation a l’apparence du réconfort, elle n’est peut être que cela, un réconfort. Une consolation devant la violence du monde, car on ne se l’explique pas et pourtant on voudrait désespérément la comprendre.

Frederic

J’ai peut être été un peu déçue de la fin, que j’ai trouvé vite amené. J’aurai préféré qu’elle soit plus approfondie, et je pense que j’aurai apprécié en apprendre un peu plus sur la légende du Diable qui vole la terre de Dieu. Peut être l’incorporer dans cette fin ? En tous les cas, et même si elle ne m’a pas convenu, elle conclut avec cohérence cette œuvre (et j’aurai aimé vous en dire plus mais si je vous spoile le livre avant sa sortie je vais avoir des problèmes je pense aha).

À lire ou pas ? Ce fut pour moi une bonne lecture et surtout une lecture rapide qui tranche avec le sérieux de l’œuvre. Le sujet est très bien maîtrisé avec un travail de recherche faramineux sur la religion, mais aussi l’environnement et les coutumes moyenâgeuse. Alors si vous aimez les romans historiques avec une pointe de mystère, je pense que ce livre est fait pour vous.

4/5 est la note que je donne à cette œuvre.

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