Chroniques·Roman

Chronique 36 TRS : La Ballade de l’Impossible par Haruki Murakami

Couverture de l’édition spéciale

Résumé : Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycéen pour Naoko, hantée comme lui par le suicide leur ami Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie. Hommage aux amours enfuies, le premier roman culte d’Haruki Murakami fait resurgir la violence et la poésie de l’adolescence.

La Ballade de l’Impossible est un roman japonais écrit par Haruki Murakami et publié en édition spéciale par les éditions 10/18 en novembre 2019 (pour une sortie en 1987 au Japon et une première traduction parue en 2007 chez les éditions Belfond).

Disclaimer : cette chronique constitue un avis subjectif et ne fait pas dogme. Vous êtes libres comme à chaque fois de vous faire votre propre avis de l’œuvre que vous pouvez vous procurer PARTOUT : librairie, internet…

La Ballade de l’Impossible porte bien son nom. Elle m’a prise avec elle pour m’emmener dans l’univers mélancolique de Watanabe, amoureux de Naoko, l’ancienne petite amie de Kizuki, leur meilleur ami. On pourrait s’attendre à un roman banal à l’eau de rose, mais la vie n’est dans la réalité pas si belle et fantasmée. Alors sont ici décrits les déboires d’une adolescence abîmée par un événement clivant : le suicide de Kizuki. Et quand adulte, Watanabe se rappelle de ses souvenirs douloureux, on le suit quand il nous conte son histoire.

Quel réel plaisir que cette lecture. On s’enferme dans un cocon de bien être apparent en s’immergeant dans la narration poétique japonaise de l’auteur (que les traducteurs ont d’ailleurs réussi à faire ressortir admirablement bien de mon avis), comme lorsque les métaphores abordent le soleil levant ou le poisson dans sa source. Tout ceci dresse les fondations d’une réflexion sur les problèmes de la vie et comment ils influent sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte, rendant ce livre non pas quelconque mais à même de nous faire méditer sur notre cheminement d’existence.

Haruki Murakami nous portrait des personnages à la personnalité unique auxquels on s’attache malgré leurs quelques défauts. On pourrait penser qu’ils sont au départ plats, sans émotions et peut-être un peu atones. Mais ils réalisent en fait tout le long du livre une introspection sur leur réalité, en sorte de quête de recherche de soi. J’ai beaucoup aimé leurs interactions, qui peuvent parfois paraitre surprenantes et hors des cadres, comme lorsque Midori et Watanabe abordent le sujet de la masturbation (je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas vous spoiler mais à la lecture, vous comprendrez ce que je veux dire). Mais c’est toujours avec une délicatesse telle et avec le caractère incroyable de Watanabe qu’on arrive à poursuivre notre lecture pour découvrir encore des sujets bouleversants et touchants.

Car ce livre aime les aborder, ces thèmes qui portent à la réflexion. Ainsi, on découvre la complexité de la psychologie et de la psychiatrie quand on apprend que Naoko est elle même atteinte d’une de ces maladies complexes, et le débat que cela enjoint pour leur place dans la société, qui les ostracise. J’ai trouvé d’ailleurs dans ce livre un passage tout à fait exceptionnel que je me dois de vous partager au cas où vous n’iriez pas lire ce livre :

– On pourrait presque intervertir les patients avec les membres du personnel, dis-je avec admiration.

– Vous avez tout à fait raison, dit Reiko en brandissant sa fourchette, on dirait que vous commencez à comprendre comment est fait le monde.

– On dirait, approuvai-je.

– Ce qui est bien avec nous, dit Reiko, ce que nous, nous savons que nous sommes atteintes.

Échange entre Watanabe, Naoko et Reiko.

L’auteur s’intéresse aussi au rapport à la sexualité, que certains peuvent trouver prégnante dans l’œuvre, mais qui pourtant est nécessaire à l’évolution des personnages. Ces personnages, hormis Reiko et Kizuki, passent doucement à l’âge adulte avec toutes les responsabilités qui en incombent : fini l’insouciance et le jeu. Mais il est vrai que dans le livre comme dans la vraie vie, il est dur de se projeter à peine majeurs sur une vie future (qu’elle soit professionnelle ou relationnelle), alors que nous pouvons encore profiter, comme aime à nous le rappeler Reiko. L’auteur n’a pas non plus peur de casser les codes japonais quand cette sexualité est homo, chose très tabou dans les années 60 là-bas. Mais il ne la diabolise pas, loin de là : il veut nous la faire comprendre.

Et puis le suicide, qui constitue la pierre angulaire de ce roman. Il n’est pas dépeint comme honteux, comme mauvais, mais plutôt comme une chose qui arrive, qui se réfléchit et qui peut paraitre inévitable dans l’évolution de certaines personnes. C’est un sujet sensible dont je ne suis pas experte et que je ne souhaite donc pas développer plus pour ne pas heurter par mégarde.

Haruki Murakami, en plus de sa plume magnifique, est quelqu’un d’extrêmement cultivé et il n’hésite pas à user de références (comme les classiques Gatsby le magnifique de Fitzgerald et Le Centaure de John Updike) autant littéraires que musicales. Il est vraiment très intéressant à lire. Ma lecture fut longue et semée d’embuches, mais quelle belle découverte que cette narration qui m’a permis de m’évader !

À lire ou pas ? Il s’agit pour moi qu’une lecture dont je ne peux pas me détacher. Alors je prends mon temps pour lire les quelques dernières pages, émue par la poésie de l’auteur, par la profondeur de ses personnages… par les sujets abordés aussi… tout en suivant la ballade mélancolique typiquement japonaise que nous offre Haruki Murakami. À lire sans modération !

5/5 pour une superbe promenade au cœur du Japon.

Et voilà, cette chronique est maintenant terminée ! Elle était dure à écrire, car quand un livre me plaît autant que celui-ci, j’ai du mal à en parler. Merci à vous de me suivre depuis 1 an déjà, d’être de plus en plus nombreux à lire mes chroniques… et j’espère que ça durera encore longtemps !

Bouquinement vôtre, Jade

2 commentaires sur “Chronique 36 TRS : La Ballade de l’Impossible par Haruki Murakami

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