Chroniques·Roman

Chronique 46 TRS – Surf par Frédéric Boudet

Couverture du livre

Résumé : À Adam, de retour pour les vacances, Brest n’a pas grand chose à dire. Toujours au loin les grues du port, plus près, entre les toits des maisons, le même morceau d’océan, plus près encore le pavillon familial en un décor inchangé, avec au centre cette drôle de licorne maternelle, en manteau gris cintré, échappée de son zoo mental. Ici, il faudra fuir les heures qui se trainent, comme Adam sèche les cours de son école de graphisme, comme la vie se débrouille sans enthousiasme. Hors cadre, pourtant il y a des braises sonores sous les cendres. Emballé dans du plastique, un paquet de lettres fait résonner la voix de son père volatilisé et bel et bien définitivement disparu. L’ami télépathe, Jack-Nathan, ce géant de deux mètres, qui derrière ses Ray-Ban traque ces pauvres canards de surfeurs, avant de bouffer du sable et de s’évader de nouveau, exhorte Adam à arrêter de confesser les pop-corn et à se tirer loin de son petit enfer de grâce et d’oubli. Et il y a la vie enregistrée en sa plus infime sonorité déglinguée par Aeka, aussi furieusement allumée que Jack, les mots brûlants de Katel, les bouffées d’enfance. Tout parle en fait. Maintenant, c’est à Adam de raconter.

Surf est un roman jeunesse écrit par Frédéric Boudet et publié en août 2019 chez les éditions MeMo dans la collection Grande Polynie. J’ai pu recevoir ce livre grâce à la Masse Critique Babelio, que je remercie donc, ainsi que la maison d’édition et l’auteur.

Disclaimer : je réitère ce que je dis à chaque fois, mais cet avis provient de mon cerveau et peut donc vous paraitre, biaisé, ou bien ne pas vous convenir. Je vous invite donc à vous procurer cette œuvre sur le site/librairie de votre choix.

Quelle lecture que ce roman. L’inspiration que j’ai pour écrire ces chroniques vient d’être soufflée nette. Pas parce que je n’ai rien à dire sur cette lecture, loin de là. Plutôt parce qu’elle m’a touché au plus haut point, et que j’ai peur d’être maladroite et d’écorcher le sentiment qu’elle m’a laissé. Elle m’a bouleversé, et je n’ai pas envie de l’abimer à coups de paraphrases et d’adjectif trop robustes, trop distingués. Ce sera donc une chronique en toute simplicité, pour partager les moments complexes que vivent Adam, Jack, Aeka et Katel. Notez que je n’appellerai pas Jack « Nathan », qui est son ancien nom. S’il a eu la volonté de le changer, c’est qu’il a une raison.

Un bâtiment lugubre en acier gris me cache la mer, les immeubles des compagnies bancaires sont en train de détruire définitivement l’Amérique mais je crois que je suis le seul à m’en formaliser.

Lettre du père de Jack

Surf, peut être que ce titre n’est pas le bon, si on le prend au sens littéral. Ou peut être qu’il dresse une métaphore de la vie d’Adam, comme le passage d’une vague qui renverse tout sur son passage. Ou bien alors le surfeur, haut et fier sur sa planche, qui surplombe sans efforts les autres et efface d’un coup de dérive le passé. Parce que le passé d’Adam, il est douloureux. Douloureux car son père l’abandonne quand il a huit ans ; douloureux car ce dernier décède et ravive les souvenirs enterrés sous des tonnes de sable mouillé. Alors, dans une sorte de relation épistolaire à sens unique, mélange de lettres, journaux intimes et de pensées, nous suivons Adam (et aussi sa mère), dans la quête de ce deuil.

Le deuil, c’est un peu le thème principal de ce livre. Comment il est abordé, géré, enfoui, comment il s’annonce et se niche dans nos gorges, douleur sourde et angoissante que l’auteur arrive à nous faire ressentir tout le long de notre lecture. C’est étrange comme il arrive à me faire éprouver cette sensation de désarroi, cette sensation de peine. Preuve en est que Frédéric Boudet possède une talentueuse plume et sait la faire s’exprimer. Il nous parle aussi d’amour, avec pudeur, et de maladies, alliant délicatesse et rudesse pour nous ancrer dans la peau de ses personnages.

Je pesais une tonne. Une tonne de pierres qui menaçaient de s’effondrer les unes sur les autres à tout instant. J’avais envie de pleurer. Je savais qu’il aurait été normal de pleurer. Tout paraissait si parfaitement irréel autour de moi.

Adam

Et quels personnages ! Jack, avec son humour cru et décalé, qui arrive à nous faire rire, au départ dans cette ambiance un peu triste, pour finir par nous donner la larme à l’œil, en fin de livre. Comme dirait Adam, cet homme est trop intelligent pour ce monde. Et puis il y a Aeka, cette japonaise aussi étrange qu’adorable, bassinant nos yeux et nos oreilles des sons du quotidien, rejoignant Jack dans sa folie musicale. Pour finir, la douce Katel, personnage peut être le moins développé de cette histoire, mais qui pourtant rajoute à Adam une touche de bonheur dans cette période compliquée de sa vie. Leur amour né alors que le père d’Adam décède ; et je dirai alors que, lorsque la mort est là, il y a aussi la vie, le renouveau…

Sous ces fichues planches, entre elles et la vague, c’est là que la source de l’être est nichée, pas vrai ? Comment t’explique sinon que ça glisse sans jamais atteindre le néant, et que même ces connards blonds à frange parviennent à tirer quelques notes minables de leur board ?

Jack

Toute cette atmosphère doucereuse repose sur l’environnement breton, attaqué par les vagues et l’écume, ode à cette terre qui l’a vu naitre, et qu’il a créé à son image, taguant des slogans relatant sa colère adolescente. L’auteur l’a incorporé à l’histoire d’une manière telle qu’elle nous semble essentielle à la lecture, nous enveloppant dans ses vagues colériques et ses surfeurs agaçants qui insupportent Jack. On est totalement pris par ces lieux et ces habitants, si bien que quand ils nous quittent, en page 220, un pincement au cœur se fait ressentir.

Si je dois parler de la plume de Frédéric Boudet, je dirai qu’elle est poétique, astucieuse, et me rappelle sans conteste ma lecture de La Ballade de l’Impossible par Haruki Murakami (dont mon avis est disponible juste ici). L’atmosphère qui y règne, le calme avant la tempête, la narration qui se déploie lentement, qui nous conte ses histoires mélancoliques. Elle est en totale adéquation avec le thème du deuil, qui aurait été enseveli par trop d’actions ou d’aventures quelconques. De plus, le format du livre était très travaillé et très beau, avec ce jaspage bleu du plus bel effet, cette police inédite et ces lignes espacées qui rendent la lecture rapide et agréable.

À lire ou pas ? Si vous avez eu comme moi un coup de cœur pour La Ballade de l’Impossible, ce livre est fait pour vous ! Il aborde avec pudeur ces sujets douloureux auxquels nous sommes tous confrontés un jour, si bien que chacun peut se retrouver dans les personnages qu’il dépeint.

5/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est maintenant terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu ! Personnellement, j’ai eu un mal fou à l’écrire comme je l’ai dit au début. Mais avec de la volonté on arrive à tout faire, et je me suis laissée emporter par le claquement de mes doigts sur le clavier, pour réussir à donner un avis que j’estime honnête et consistant. Laissez-moi un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez !

Bouquinement vôtre, Jade

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