Chroniques·Science Fiction

Chronique 50 TRS – AAA par Yoan H. Padines

Couverture du livre

Résumé : Paris 2040. Le Big Hole, la grande dépression économique post-COVID, a tout chamboulé. Les États-Unis ont basculé dans la guerre civile, l’Europe a explosé et la Chine domine le monde. La France connaît une parfait sécurité : Jenny© contrôle tout, et tout le monde. Les citoyens de seconde zone sont côtés D-. Les citoyens exemplaires obtiennent l’inestimable AAA. Gabriel, AA, est un pur produit de cette société ; Eva en est une victime et Mingyue rêve de la révolution.

AAA est un roman de science fiction dystopique écrit par Yoan H. Padines et publié en auto-édition en mai 2020. Je tiens à remercier l’auteur qui m’a offert l’opportunité de lire son œuvre.

Disclaimer : comme d’habitude, cette chronique est le reflet de ce que j’ai pensé de ma lecture. Et comme chaque humain a sa propre personnalité et sa propre manière de penser, il est possible que nous ne soyons pas du même avis. Je vous recommande donc de trancher en vous procurant ce livre ici (mobi – broché) ou bien à vous rendre sur le site de l’auteur que vous pouvez trouver par là.

C’est avec un peu d’appréhension que j’ai commencé la lecture de ce livre. En grande fan de dystopie (il est vrai que ma bibliothèque en est remplie), et surtout au vue de l’énorme pile de dystopie que j’ai pu lire ces derniers mois, j’avais un peu peur de tomber dans la redondance. C’est sans doute le troisième livre (enfin plus mais récemment bien entendu) que je commence qui parle d’IA, et c’est normal d’en parler car c’est un sujet d’actualité et qui peut donner cours à de nombreux questionnements et inspirer nos auteurs SF préférés. Mais il est vrai que l’adage dit trop d’Intelligence Artificielle tue l’Intelligence Artificielle. Cependant, à ma grande surprise, je n’ai pas trouvé le temps long, ou bien le livre répétitif, et j’ai pu me plonger rapidement dans l’histoire d’Eva, Gabriel et Mingyue, surplombée par l’ombre permanente (enfin pas si permanente si on arrive à la déjouer) de Jenny©.

Eva a trente ans, elle en paraît quarante-cinq et elle a parfois la sensation d’être usée comme une vieille mamie grabataire.

Narrateur

Le contexte, comme vous avez pu le lire dans le résumé, c’est une France de 2040 qui se relève à peine de la récession provoquée par la pandémie de coronavirus (oh tiens, ça me dit vaguement quelque chose ça), ponctuée par de nombreux faits d’actualité qui ne sont pas sans nous rappeler notre contexte actuel, donnant à cette dystopie un aspect assez effrayant tant elle semble pouvoir être appliquée dans notre futur proche (et c’est je pense, à cela que l’on peut reconnaître une bonne dystopie). Et cette dystopie (je vais répéter dystopie énormément de fois vous ne m’en tiendrez certainement pas rigueur) porte bien son nom, puisqu’elle se pose dans une atmosphère sombre où la France semble régresser à tous les points de vue : au lieu de continuer dans une ligne de conduite adoptant la tolérance et le respect de tout un chacun, elle s’embourbe dans un racisme ambiant, une cruauté sans vergogne, un stigmatisme sans nom, doublé d’homophobie et de racisme, portrayant le pays des Droits de l’Homme comme une dictature ; et comme le dit Yoan H. Padines, « La France aurait sacrifié la Liberté au profit de la Sécurité ».

Cette sécurité est apportée par Jenny©, la fameuse IA, ni plus ni moins créée par la mère de Gabriel, un de nos protagonistes. Cette IA, reflet anticipatoire de ce qu’il nous attend si la technologie et l’envie de tout contrôler prend le dessus, a sans doute un souci avec le RGPD (qu’elle est drôle c’est incroyable). Plus sérieusement, CLARANCE SA (donc l’entreprise qui a créé Jenny©), sous couvert de sécurité et de simplicité et sous l’aval du Président (un ancien du RN, je vous lance l’info comme ça vous en faites ce que vous voulez), contrôle toute la vie de ses citoyens, connaissant leurs moindres faits et gestes ; et comble du comble, instaure un sorte de crédit social (sous le modèle chinois) qui note les hommes selon leurs comportements. Sans vous spoiler, délation et léchage de derrière sont de rigueur pour briller dans cette société.

L’intrigue circonvolue autour de cette Jenny©, mais aussi du GAC, le groupe de révolutionnaire qui souhaite éliminer cette instance et retrouver leur liberté d’antan. On nous introduit alors des personnages qui auront leur part à jouer à cette affaire, et nous suivrons donc Eva, Gabriel, Mingyue et les autres membres du GAC dans leur lutte contre le parti du Droit Chemin (mais je ne vous en dis pas plus bande de curieux). Je trouve d’ailleurs que le détail des personnages est super, puisqu’on arrive facilement à les appréhender et à nous allier avec eux, furetant les informations que nous donne miettes par miettes l’auteur.

Le protocole a ses raisons que la raison ignore, et elle ne voudrait pas donner l’impression de briguer la place suprême. D’autant qu’elle n’en a pas besoin : le Droit Chemin comme les JenMen doivent leur puissance à CLARANCE ; elle préfère exercer le Pouvoir dans l’ombre.

Narrateur.

Ce livre, comme toute dystopie, dénonce de manière sous-jacente (mais bien visible quand même) bon nombre de sujets et se positionne de ce fait dans la liste des œuvres engagées : homophobie, racisme, violences, contrôle de la vie privée et bien plus encore ; tout ceci est abordé avec brio et simplicité, peut être parfois avec un peu de cruauté, mais qui est nécessaire pour instiller dans les esprits la réflexion de l’esprit critique (le fameux). L’inégalité des classes est aussi abordée, complexifiée par ce système de notation mais bien semblable à notre vie d’aujourd’hui : les mieux notés ont accès à tout, tandis que les « renégats » D- profite d’un séjour dans des Camps de Travail, non pas sans rappeler d’autres camps (vous voyez desquels je parle bien évidemment).

Pour finir, je dois dire que j’ai beaucoup apprécié l’écriture de l’auteur, qui se veut fluide et agréable, sans anicroches et surtout qui ne s’encombrent pas de fioritures insupportables qui auraient entaché ce récit. Le sujet n’est pas l’un des plus original mais il est maîtrisé et apporte une touche de réalisme effrayante, chose que j’aime beaucoup.

À lire ou pas ? Pour les aficionados de la dystopie, vous pouvez foncer tête baissée : sujet maîtrisé, écriture au top, lecture rapide, un sans faute pour moi.

4,5/5 est ma note pour ce roman.

La deuxième chronique de cette journée s’achève, et j’espère qu’elle vous aura plu ! N’hésitez pas à venir papoter en commentaire pour parler avec moi de ce livre, pour donner votre avis (ou tout simplement si vous voulez juste papoter).

Bouquinement vôtre, Jade

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