Chroniques·Roman

Chronique 51 TRS – À l’ombre de la Butte-aux-Coqs par Osvald Zebris

Couverture du livre

Résumé : Riga, 1905. Le tsar russe perd petit à petit le contrôle de son vaste empire. Dans la ville chamboulée par la violence, entre émeutes ouvrières et pogroms, souffle un vent de révolution. Le chaos oblige les individus à choisir leur camp, dressant frère contre frère. Au centre des soulèvements, un ancien maître d’école s’engage dans la révolution, mais s’aperçoit vite que la guerre exige bien plus de ce qu’il est prêt à donner. L’année suivante, l’enlèvement dramatique de trois enfants tient la police de Riga en haleine. Qui sont les responsables ? Quels sont leurs mobiles ? La réponse anéantira les vies de deux familles, pendant qu’elles cherchent à comprendre qui est coupable dans cette révolution où tout le monde est une victime.

À l’ombre de la Butte-aux-Coqs est un roman historique letton écrit par Osvalds Zebris et qui paraîtra en France chez les éditions Agullo le 3 septembre 2020 (à noter dans son petit agenda !). Il a donc été traduit du letton par Nicolas Auzanneau. J’ai eu pour ma part la chance de lire les épreuves non corrigées, et je remercie vivement la maison d’édition qui m’a fait confiance et m’a confié cette prochaine parution ! N’hésitez pas à vous renseigner sur cette maison d’édition qui traduit des livres du monde entier pour « abolir les frontières » et met à l’honneur auteurs et traducteurs en cliquant juste ici.

Disclaimer : l’avis que vous pourrez retrouver dans cette chronique est bien l’avis d’une seule personne, et il est important que vous vous fassiez le votre, car le mien n’est pas un dogme (loin de là). Je vous invite donc à précommander cet ouvrage par ici, par là, ou bien encore ici.

L’écriture de cette chronique, je dois vous l’avouer, a été un peu retardée par rapport à la fin de ma lecture. J’ai eu besoin de poser mon esprit, de laisser le roman s’imprimer doucement et implanter ses idées dans ma tête ; pour qu’à mon tour je puisse le laisser murir et enfin taper mon avis sur ce clavier. Car ce roman est monstrueux. Monstrueux tant il est réaliste, monstrueux tant il est maîtrisé, monstrueux quand, deux mois après l’avoir lu, je tends à me souvenir encore des détails qui y sont imprimés. C’est quelque chose d’assez dingue pour moi, car j’ai tendance à effacer très vite les souvenirs de mes lectures pour en graver de nouvelles ; mais ce roman est resté dans ma tête et ne veut plus en sortir.

Ces derniers temps, des feux partent de partout, et l’on n’arrive plus à savoir qui sont les incendiaires : le nouveau pouvoir dans sa rage de chasser l’ancien, ou au contraire, l’ancien pouvoir pour ne rien laisser au nouveau avant de fuir ?

À l’ombre de la Butte-aux-Coqs, c’est l’histoire de Rudolfs, un jeune instituteur qui vit sous l’ombre permanente d’Arvids, un autre homme habitant sur la Butte-aux-Coqs, juste au dessus de chez lui. Et c’est dans un récit rétrospectif de sa vie que Rudolfs nous emmène et nous montre comment il a, de tout temps, dû entrer en compétition, bataille de coqs avec cet Arvids ; Arvids meilleur à l’école, si intelligent, si bon, si calme… Au travers de ceci, on comprend le titre, superbement bien trouvé, métaphore de la vie de Rudolfs, le poteau-Rudo qui sera toujours en dessous du Gailkans et de toutes les manières possibles.

Le fil conducteur de ce livre, c’est tout de même la disparition de trois enfants, dans un contexte letton assez tendu : les groupes de résistance s’organisent tant bien que mal pour assoir leurs maigres volontés sur le tsar russe ; tandis que l’antisémitisme plane toujours entre deux théories du complot. Et l’on suit la recherche de ces enfants, le narrateur omniscient alternant les temps, nous emmenant avec lui dans le passé de Rudolfs, pour mieux nous balancer sa réalité en pleine figure, le tout en pleine enquête d’enlèvement. Vous avez intérêt à bien vous accrocher si vous voulez arriver à suivre ces temporalités ! C’est donc dans un environnement réaliste qui dépeint les débuts de la révolution russe que l’auteur nous accueille, et j’ai trouvé cela fort intéressant puisque que je ne connaissais pas le sujet. D’autant plus que la conjoncture fiction/histoire est très bien réalisée !

Mais le cerveau des hommes est ainsi fait qu’il n’en a jamais assez, qu’il lui faut toujours aller plus loin, et parfois, il lui arrive de se perdre dans des territoires dangereux.

Les personnages sont très bien décrits, et on arrive à comprendre leur fonctionnement, leurs idées ainsi que leurs manières de vivre. On arrive à s’attacher à eux, malgré leurs défauts (voir leurs très gros défauts, genre enlever des enfants… voilà voilà). Leur individualité colore le récit, et ils font avancer l’histoire avec leurs vies défaites, tristes, ou bien faussement joyeuse, et nous attache au sentiment de désillusion qui teinte toute la lecture de ce roman. Car, chacun ayant leurs différences, nos personnages semblent tous désabusés par la vie telle qu’elle se déroule dans leur temporalité.

Le travail d’écriture, de narration et donc de traduction (puisque je n’ai malheureusement pas la chance de pouvoir lire et comprendre le letton), est tout bonnement remarquable. Le langage est assez soutenu et la lecture peut paraître compliquée au premier abord ; et on retrouve une alternance entre l’argot paysan et la narration élaborée, ce que j’aime tout particulièrement et qui rend le récit encore plus vivant ! Le tout abondé par une arabesque de figures de style maîtrisées, montrant un style littéraire de qualité.

Il sait que la tâche qui l’attend là derrière n’exigera de lui ni intelligence ni fantaisie. Il s’agira pour lui, ainsi qu’il aime à le penser, d’une lutte contre la nature elle-même – contre le chaos incontrôlable et sans bornes qui précipite les êtres vers errements coupables et le crime.

Finalement, si je devais résumer ce roman à de simples phrases, je dirai que l’on suit un instituteur désabusé dans une Lettonie en feu, accablée par son passé et effrayée par son présent.

À lire ou pas ? Si vous aimez les romans historiques, et que vous n’êtes pas effrayés par de la fiction « noire », n’hésitez plus à vous procurer ce roman dès sa sortie !

4,5/5 pour ce roman historique letton, qui m’a fait dépassé les frontières françaises !

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée ! Je vous avoue que je suis un peu rouillée en terme d’écriture, mais j’ai fait de mon mieux et j’espère qu’elle vous a plu ! Par ailleurs, sachant que ce livre est une parution à venir, avez-vous envie de vous le procurer ? Avez-vous des questions ? Un petit commentaire, rien de plus, et je viendrai discuter avec vous si tel est votre souhait !

Bouquinement vôtre, Jade

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