Roman

Chronique 56 TRS – La Dislocation par Louise Browaeys

Couverture du livre

Résumé : Une jeune femme sort de l’hôpital, dépossédée de son identité et de son passé. Elle voue une haine farouche aux psychiatres, fréquente les magasins de bricolage. Il lui arrive même de crever les pneus des voitures. Temporairement amnésique, absolument indocile, elle veut repeupler sa mémoire et pour cela, doit enquêter. Un homme va l’y aider, sans rien lui souffler : Camille, dit K, ami et gardien d’un passé interdit. Le souvenir d’un désert entouré de vitres, une fonction exercée au ministère de l’Agriculture, une bible restée ouverte au chapitre du Déluge forment un faisceau d’indices de sa vie d’avant. Quelques démangeaisons et une irrépressible envie de décortiquer le monde et les êtres qu’elle croise hantent ses jours présents. Sa rencontre avec Wajdi, envoûtant et révolté, marquera son cœur et son esprit. Ce sera avant de gagner la Bretagne et, peut-être, parvenir à combler les énigmes de son histoire prise au piège de l’oubli.

La Dislocation est le tout premier roman de Louise Browaeys, publié aux éditions Harper Collins France fin août 2020, constituant ainsi une œuvre à découvrir pour cette rentrée littéraire. Je tiens à remercier Babelio et les éditions Harper Collins France de m’avoir permis de découvrir ce livre et cette auteure.

Disclaimer : roulement de tambour dans l’assemblée, je réitère pour les nouveaux arrivants sur le blog. Cette chronique est l’expression de ma pensée est n’est en aucun cas dogmatique. Si vous désirez vous faire votre propre avis de ce livre (ce que je vous conseille vivement, et vous allez lire pourquoi juste après), vous pouvez vous le procurer ici (broché/ebook), par là (broché/ebook), ou bien encore en cliquant juste là !

2016 – Paris Montreuil. Notre protagoniste se réveille petit à petit d’une torpeur médicale, shootée aux médicaments, et ne possédant plus aucun souvenir de sa vie passée. Même son prénom, représentant son identité antérieure, est perdu dans les méandres de sa mémoire effacée. Point de départ : tout recommencer. Réapprendre à vivre, à parler, noter les mots, les oublier, recommencer, appréhender la vie, rechuter… Nous suivons la rémission de cette jeune femme, accompagnés de l’ami K, toujours patient, guidant, aidant ; mais aussi mystérieux, cachotier, discret. Autant à elle qu’à nous, il attendra avant de nous expliquer qui elle est. Car l’auteure détient ce pouvoir génial de nous cacher la vérité, de nous donner envie de continuer la lecture pour que nous puissions découvrir au fur et à mesure les morceaux éparpillés de l’anamnèse de notre personnage principal, nous privant de notre place omnisciente nous accompagnant dans la plupart des livres. Et c’est grisant.

Il y avait comme un poids qui pesait sur moi et me clouait au lit. Cette chose sur laquelle je prenais naguère appui pour soulever le monde m’écrasait. Je ne sais pas si vous pouvait comprendre. C’était un poids qui n’avait rien à voir avec, par exemple, le poids délicieux d’un homme dur et cambré sur mon ventre.

Sous les couverts de personnages secondaires bien développés, chacun apportant son édifice à l’histoire, notre jeune femme saute (sans mauvais jeu de mots) de portes en portes, d’expériences en expériences pour réactiver sa mémoire. Elle redécouvre la vie, toile vierge qui attend d’être peinte et touchée à nouveau, remplie d’amour, de haine, d’avis, de pensées. Béatrice, Jean-François, Wajdi, Camille, tant de personnes qui l’aident tant bien que mal dans cette sorte de rite initiatique, de nouvelle adolescence, faisant regermer dans son esprit les graines de l’envie, libérant enfin les feuilles de ses connaissances, participant activement à la thérapie comme à la rechute de sa dislocation. Elle est psyché sa dislocation, médicale en un sens ; mais elle vient aussi de la famille, du discours, du cœur, comme se plait à nous le définir l’auteure en tout début de livre (et c’est nécessaire à la compréhension et à l’interprétation de l’œuvre de manière générale).

K ne cherchait pas à meubler la conversation. Ce garçon pouvait rester muet des heures et marcher les mains dans les poches, perdu dans ses pensées. Nous étions dans le silence qui gît au fond de toute amitié.

Et c’est avec un doux cynisme, mêlant poésie et rudesse que Louise Browaeys fait parler ses personnages de sujets qui lui tiennent à cœur, dénonçant à travers les nouveaux yeux de sa malade, sortant des codes de la bienpensance et nous hachant avec son lyrisme nu, râpant mais si plaisant. La femme à sa simple place de nourricière, l’état de la société en général, l’avis de K sur l’avenir et la peur qu’il a d’y projeter son enfant ; la vision que l’on se fait du malade, que l’on regarde comme un objet, une plante verte qui n’est bonne qu’à se faire arroser de traitement en projetant notre savoir de médecin, paternalisme insupportable encore prégnant. Et l’on oublie une chose essentielle, c’est qu’il s’agit avant tout d’humain, de personnes pensantes, qui ont des désirs, des peurs, des convictions : car avant d’être malade, on est quelqu’un. Dans cet esprit là, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé le personnage de Leonora, une infirmière qui n’a pas froid aux yeux et qui permet très certainement à notre protagoniste de se sentir encore « présente » dans ce monde glacé de l’hospitalisation.

« C’est drôle. Ton carnet se remplit à mesure que le monde se vide. »

Beaucoup de choses m’ont plu dans ma lecture, comme l’abord de l’écologie, de questions féministes, société ostracisée et théorie du complot ; mais c’est la touche artistique de Louise Browaeys qui rend ce tout si plaisant. Chaque phrase semble pensée, décortiquée, taillée pour le récit, et nous offre une profondeur telle qu’elle s’ancre dans notre esprit, faisant de ce livre un page-turner assurément. Le récit est tragique, entrecoupé de quelques touches d’humour cyniques qui ont tout à fait leur place dans la réflexion de notre personnage. Et c’est avec tristesse que j’ai tourné la dernière page, chamboulée par les messages, émue par la tournure, angoissée par sa puissante réalité. Nous sommes un peu tous disloqués à notre propre manière, baladés par les événements de la vie…

« Tu es en train de vivre avant nous la fin du monde. Tu comprends ? Les deux problèmes majeurs de notre civilisation sont selon moi l’amnésie et l’anesthésie. Et tu les incarnes à la perfection. »

À lire ou pas ? C’est avec une grande conviction que je vous invite à lire ce must-have de la rentrée. La plume est brillante et le message bien porté. Quelle réussite que ce tout premier roman !

4,5/5 est ma note pour ce roman.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu, qu’elle vous aura mis l’eau à la bouche. Aviez-vous déjà eu vent de ce livre? N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire que nous puissions discuter ensembles !

Bouquinement vôtre, Jade

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