Chroniques·Roman

Chronique 63 TRS – La Légende de Larry Hoover par Alan Alfredo Geday

Couverture du livre

Résumé : Sous le pont de Brooklyn, c’est le lieu de l’interdit. C’est aussi le lieu où l’on discute de la fausse démocratie. Le lieu des complots, des menaces, des espoirs et des secrets. Le lieu des gens de rien qui veulent faire changer le cours des choses. Des gens en colère ou en perdition. Les réunions, on les fait en cachette, parfois même à la sauvette lorsque l’on entend une sirène qui approche. Les policiers font la ronde et embarquent quelquefois des ennemis de l’ordre social, ou tout du moins des noirs qui restent trop tard hors du ghetto et qui se rassemblent autour d’un baril. Personne ne sait ce qui s’est déroulé par le passé sous le pont de Brooklyn. Il y a bien des légendes et des rumeurs, mais seule l’East River connaît la vérité. C’est l’histoire des bas-fonds qui se chante dans le frémissement de l’eau.

La Légende de Larry Hoover est un roman historique écrit par Alan Alfredo Geday, et paru en auto-édition en août 2020. Merci beaucoup à l’auteur de m’avoir permis de découvrir son livre !

Disclaimer : je suis vraiment un répète Jacquot, mais cette chronique reflète la réflexion que je me fais du livre. Et même si j’essaie d’être objective, je ne peux pas éviter mes biais et mes préférences personnels. Ce qui m’invite à vous dire que vous pouvez vous faire votre propre idée de ce livre en vous le procurant par vos propres moyens, notamment par ici.

L’Amérique des années 60. Des années plutôt glorieuses, enrichissantes, le rêve américain quoi. Enfin seulement si tu as la chance d’être né blanc. Car dans le quartier de Harlem (comme dans tout le pays), la ségrégation raciale est belle et bien présente ; être noir est considéré comme une tare, si bien qu’ils subissent injustices, racisme quotidien, relégués au rang de sous hommes, sans droit de vote ni de droits civiques. Les premières personnes noires tentent bien d’entrer dans l’éducation, mais elles sont en autarcie, méprisée, reluquée par la suprématie blanche. Et c’est dans cette Amérique bien sombre (mais qui a pourtant bel et bien existé, et qui montre parfois, voir souvent des réminiscences) que nous allons rencontrer Larry Hoover.

{…} ils aiment ça les richousses, qu’on leur lèche les bottes. Ils ont l’impression d’être les rois du monde. Si tu veux t’faire du fric, y faut foutre ton orgueil dans ton froc. Et pis ben mon poulet faut pas lésiner sur le réseau. L’réseau ça fait tout dans ce boulot.

Larry Hoover, c’est un jeune noir de 17 ans, intelligent, discret. Il est ami avec Jimmy, ce garçon beaucoup plus exubérant avec qui il va vivre de multiples expériences. Mais ce qui taraude Larry, c’est la condition des personnes noires dans la société. Ce sentiment d’injustice, omniprésent, l’envie de réaliser quelque chose de bien… D’élever la condition des personnes noires… Dans ce sens, l’auteur organise notre lecture en quatre temps : le Larry jeune, encore inexpérimenté, qui tente d’aider un camarade à sortir du couloir de la mort, sous le joug d’un procureur blanc ; le Larry brisé, envoyé au Vietnam pour défendre une nation qui ne veut pas de lui, quitte à perdre les êtres qui lui sont chers ; un Larry perdu, torturé mais entreprenant, décidant qu’il faut coute que coute faire évoluer les choses, quelles qu’en soient les conséquences ; et enfin le Larry d’après, jugés pour ses actions, le début (ou la fin) d’une légende pour la communauté Afro-américaine.

J’ai beaucoup aimé la profondeur de ce récit, la justesse des mots. Il n’est pas joyeux, ce livre, il vous emplit d’une amertume réelle, une amertume qui se ressent aussi par les personnages, tous formidablement bien développés. Car si Larry est notre étoile du Nord, les personnages secondaires sont les piliers de l’évolution de ce dernier ; et l’on voit les liens qu’il créé, dans sa vie de tous les jours comme à la guerre. Des liens qui transcendent, des liens surprenants, des liens de haine, des liens d’amour… Ils nous suivent tout le long du récit et accompagne la révolution qui se trame.

Elle lui racontait le fouet dans les champs de tabac. Elle lui racontait aussi ce qu’elle n’avait pas connu, mais qui s’était transmis, comme une blessure généalogique, comme un souvenir impérissable, et qui devait survivre, quoiqu’il advienne après. Il fallait se rappeler l’injustice et la violence.

La « révolution »… Elle plane sur les États-Unis, fomentée par un petit nombre qui croit, rêvée par Larry. Si l’on me demande ce que je pense des moyens mis en œuvre pour la développer, pour faire entendre les revendications de la communauté noire ; si l’on me demande mon avis sur l’antinomique confrontation du pacifisme contre la violence ; je répondrai que je n’en sais rien. Car étant blanche, je n’ai pas eu à supporter les violences, je n’ai pas eu à supporter l’amputation de mes droits. Le pacifisme, sur le papier, c’est bien. C’est joli, ça sent la rose, on est tout propre et on ne fait pas grand mal. Mais ne faut-il pas marqué les esprits pour se faire remarquer, pour faire avancer les choses ? Encore une fois, c’est mon avis et il n’est bien entendu pas universel. Ce livre nous pousse à la réflexion sur nos droits, nos privilèges ; il nous pousse à nous intéresser à l’autre, à ne pas juger un livre sur sa couverture. Bref, c’est une lecture engagée qui secoue.

Parler de la plume de l’auteur me parait bien secondaire devant l’importance du sujet de ce livre. Mais il est vrai que l’écriture de Alan Alfredo Geday est d’une justesse telle qu’elle fait porter son message droit dans le cœur. Pas de détour, que de l’honnêteté. J’ai donc beaucoup apprécié la prose associée aux problèmes de société, l’intrigue structurée, mais également l’énorme travail de recherche sur la ségrégation.

À lire ou pas ? Ce livre est un sans faute dans son genre, et je pense qu’il est important de le lire ne serait-ce que pour se rendre compte du message qu’il porte. Je vous le conseille vivement.

5/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est à présent terminée. Sujet un peu particulier à aborder, j’espère que je n’aurai pas été maladroite et que je n’aurai froisser personne. Par ailleurs, si certains de mes mots vous choquent, en tant que concernés, n’hésitez pas à me contacter (il y a un formulaire de contact sur mon blog, je réponds à tout le monde), je modifierai la chronique !

Bouquinement vôtre, Jade

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