Roman

Chronique 77 TRS – Le démon de la colline aux loups par Dimitri Rouchon-Borie

Couverture du livre

Résumé : Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.
Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d’amour et de passion, de moments de lumière… Il dit sa solitude, immense, la condition humaine.
Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C’est surtout un flot ininterrompu d’images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

Le démon de la colline aux loups est un roman écrit par Dimitri Rouchon-Borie et publié en janvier 2021 chez les éditions Le Tripode.

Disclaimer : Ce livre parle de violence, de mort, de sévices infantiles et ce n’est pas anodin ni facile pour tout le monde. Je préfère vous prévenir en avance ; et, si vous avez la force de lire ces sujets, foncez vous procurer un exemplaire dès maintenant, disponible sur vos plateformes littéraires préférées.

Percutant. C’est le mot qui ressort de ma lecture. Comme essoufflée, écrasée, ravagée, bouleversée ; ce livre laissera sans aucun doute une trace ancrée dans mon esprit, cicatrice d’une aventure parsemée de hauts, de bas, d’un cortège d’émotions qui m’ont tailladé le ventre alors que je tournais avidement les pages, pressée par l’envie presque malsaine de connaître le fin mot de l’histoire. Ce livre est une déflagration (Stéphanie, @moonpalaace) ; et c’est dans ces moments là que je déteste « voir » ce que je lis.

Les gens n’ont pas de premier souvenir. {…} Fridge se souvient de plein de choses mais pas de son premier souvenir. C’est comme si personne n’était foutu de savoir à quel moment on a tous eu la première pensée de quelque chose et pourquoi ça s’efface et peut être que c’est mieux que ça reste pas nous plomber la cervelle avec trop de choses.

C’est le journal intemporel de Duke, ce garçon incarcéré qui nous narre sans technicité son passé, son cheminement de vie avec la maladresse et la candeur d’un enfant. « Duke, c’est la sincérité absolue. Il ne se donne aucune limite et aborde les questions profondes et philosophiques de l’humanité avec la même candeur que lorsqu’il découvre la mer » (Dimitri Rouchon-Borie, @dimrb). Son parlement est rapide, presque saccadé, mû par une envie d’expliquer la présence de ce Démon qui le surplombe et qui le nargue, bataille intérieure pour trouver le rationnel dans l’impensable. C’est le récit d’une enfance misérable, d’une maltraitance, d’action impardonnable, de pardon aussi un peu ; d’un parcours judiciaire, social, carcéral et médical sans grande réussite. Mais la volonté de l’auteur n’est pas ici de dénoncer ces systèmes qui n’aideront pas au mieux Duke : « Derrière ces systèmes se trouvent des gens qui essaient de faire de leur mieux à leur manière ; et on ne peut malheureusement pas sauver tout le monde » (Dimitri Rouchon-Borie, @dimrb).

Aujourd’hui je ne suis pas allé en promenade parce que je n’ai pas besoin de prendre l’air tous les jours. De toute façon ça ne changera rien si j’attrape ici une solitude qui me tue vu que je suis programmé pour mourir.

Au milieu de la noirceur et de l’orage, des éclaircies parsèment les nuages, dichotomie parfaite de la vie de Duke. Au delà des sévices, de la mort, des procès, il y a des rencontres (Pete, Maria, Billy), des découvertes (la mer, le nom de sa sœur…) ; et l’accalmie après les vagues, lorsqu’il découvre la nature, moment de communion extrême où son côté instinctif et primitif prend le dessus, la nature semblant son salut. Il y a aussi ce côté protecteur, altruiste : « Il n’est pas capable de se protéger lui-même, mais il veut protéger les autres » (Dimitri Rouchon-Borie, @dimrb), qui contrebalance les pulsions du Démon. Mon esprit se pose alors ces questions : doit-on le considérer victime ? Coupable ? Les deux à la fois ? Notre passé conditionne-t-il nos actions présentes, sommes-nous réduits à cette détermination environnementale ou pouvons-nous sortir de conditionnement et accéder à une pure liberté sans influence ?
Ces questions resteront surement sans réponse, mais elles découlent de l’intervention de la philosophie, très présente dans le livre et abordée avec beaucoup d’ingénuité par Duke. Dans tous les cas, « c’est devant l’innocence et la vérité de la parole que quoiqu’il se passe, on sait qu’on finira le livre » (Karine, @c_est_ma_kam).

Je vais écrire des choses sales et je voudrais que vous me pardonniez même si lire c’est moins pire que subir on voudrait tous être épargnés.

Le démon de la colline aux loups, c’est cette tempête qui attend de s’abattre sur la rosée du matin, qui fait gonfler les vagues avec le souffle du Démon, cet être maléfique lié à la vie de Duke. Et c’est par ailleurs quelque chose que la couverture du livre, créée par Clara Audureau, fait énormément ressortir, comme nous l’a fait remarquer Jean-Marc (@jiemde). Illustrer un livre aussi fort est un exercice très compliqué ; mais je trouve la couverture d’une justesse et d’une beauté incomparable.

Je suis resté chez Pete et Maria des années et tout allait bien car leur façon de fabriquer des habitudes me protégeait du Démon. J’ai compris cette chose-là c’est qu’ils s’occupaient de moi et tant qu’ils le faisaient je pouvais compter sur eux c’était comme museler un fauve en lui faisant des caresses.

Je finis cette chronique comme j’ai lu le dernier mot de cette histoire : avec soulagement. Agressée, nauséeuse, émue et même un peu pleureuse, le point final du livre, presque ésotérique, m’a empli d’une satisfaction telle que mon cœur s’est senti apaisé. Car cette fin signifie peut être un aboutissement de la souffrance de Duke, la fin d’une lutte acharnée contre son démon ; et un dénouement où il retrouve enfin la paix.

À vous, monsieur Dimitri Rouchon-Borie, je vous remercie pour cette expérience extraordinaire que vous m’avez fait vivre l’espace d’un week-end ; et merci au Tripode de présenter aux lecteurs des œuvres d’une telle qualité.

5/5 pour cette histoire aussi dure que fabuleuse.

Bouquinement vôtre, Jade

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