Roman

Chronique 88 TRS – Dear Evan Hansen par Val Emmich, Steven Levenson, Benj Pasek, Justin Paul

Couverture du livre

Résumé : Le lycée, de base, c’est l’angoisse. Et pour quelqu’un comme Evan, qui souffre d’anxiété sociale, c’est même carrément l’enfer. Sur les conseils de son psy, il s’écrit des lettres à lui-même. Mais lorsque Connor, la brute du lycée, lui en vole une, la vie d’Evan bascule. Car, quelques heures plus tard, Connor est retrouvé mort avec la lettre sur lui. Dès lors, tout le monde est persuadé qu’ils étaient meilleurs amis et Evan se retrouve au centre de l’attention du lycée… et de Zoé, la sœur de Connor, qu’il aime en secret. Pour la première fois, Evan se sent compris, apprécié, il se sent exister. Tout ce qu’il a à aire, c’est maintenir l’illusion. Et vous, que choisiriez-vous : la vérité ou une nouvelle vie rêvée ?

Dear Evan Hansen est un roman de littérature jeunesse (bien que sa lecture est appropriée pour tous, de par les sujets qu’il aborde), écrit par Val Emmich, Steven Levenson, Benj Pasek et Justin Paul. Traduit de l’anglais par Pascale Jusforgues, il est paru en France chez les éditions Bayard, en mars 2021. Je remercie par ailleurs Bayard et Babelio qui m’ont permis de lire ce livre à l’occasion d’une Masse Critique.

Disclaimer : tw suicide – homophobie – mensonges ?? et si vous désirez vous procurer ce petit livre sympathique et plein de messages, il est disponible par ici.

Evan Hansen. Ou plutôt Mark Evan Hansen, « mêh » pour les plus sarcastiques d’entre nous (et notre protagoniste lui-même notamment). Adolescent souffrant d’anxiété sociale, trouble assez (très) handicapant dans la vie de tous les jours, et pour lequel son psychiatre, avec qui il entretient une guerre silencieuse (Evan n’a rien contre lui, il ne lui trouve juste aucun intérêt), lui a conseillé de s’écrire des lettres pour lui-même ; se cache derrière un plâtre de l’avant-bras, blessure d’une aventure secrète qui ne nous est pas au début contée. « Cher Evan Hansen » signe le début de ces écrits thérapeutiques à l’efficacité douteuse ; et le début d’une série d’événements qui rendront la vie d’Evan meilleure (tout du moins au début), sous couvert d’un simple (énorme mensonge). Car un de ces écrits, personnel et morose se retrouve dans la poche de Connor le jour de son suicide, créant un imbroglio monstrueux dans lequel Evan ne cesse de s’empêtrer. Ça y est, aux yeux de monde, et surtout des parents de Connor, il est le meilleur ami secret du suicidé.

Ma mère me voit comme une tâche récalcitrante sur l’émail de la baignoire ; elle a beau utiliser tous les produits possibles et imaginables, rien n’arrive à la faire partir. Alors, fière de moi ? Non, il n’y a vraiment pas de quoi. Continuons donc à nous mentir.

Et tout commence avec la scène de la pomme, ces jolies pommes qui trônent sur la table du salon. Le début de pêché, un peu à la manière d’Ève (d’ailleurs Ève et Evan ça se ressemble un peu wink wink) dans le jardin d’Eden. Un tout petit mensonge pour apaiser des cœurs brisés. Les intentions du jeune Evan ne sont pas mauvaises, il se laisse juste dépasser. Le hasard dresse un chemin plausible à cette amitié, Connor ayant laissé la trace de son existence sur le plâtre totem de notre protagoniste ; et au fur et à mesure que les sables mouvants des affabulations ensevelissent Evan, il n’y a plus de retour en arrière possible. Evan se sent seul ; là-bas, dans cette famille endeuillée, lui apparait le réconfort, on lui montre de l’intérêt. Et puis il y a Zoé aussi, la sœur du défunt, qui daigne enfin lui adresser la parole.

Alors il se perd. Et nous suivons tout le long du livre cette âme égarée, en lutte perpétuelle avec ce secret. Sa morale lui hurle de dire la vérité ; le lecteur fronce les sourcils à chacun de ses gestes mensonges. Pourtant, on s’attache, on ne le déteste pas, on réfléchit, on se met à sa place. Qu’aurait-on fait si un quiproquo dantesque s’était imposé à nous, et à un si jeune âge (il n’a bien guère que plus de dix-sept ans) ? Et son contexte familial ne l’aide pas non plus, avec une mère quasiment absente qui jongle entre l’hôpital et ses cours ; et un père qui a refait sa vie et qui se manifeste seulement pour parler de sa nouvelle famille. Dans la vie, tout n’est pas tout blanc ni tout noir, et en prenant en compte la psychologie du personnage et son milieu de vie, on tend à s’adoucir et a regarder d’un œil empathique « l’aventure » d’Evan.

Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle tout ça. Je sais que j’ai un truc qui cloche. Croyez-moi, j’en suis parfaitement conscient.

Avec le trouble de notre personnage principal, l’anxiété sociale (qui est bien plus fréquente que l’on pourrait le croire), on nous introduit les dessous de l’amitié, avec le personnage de Jared « l’ami de famille », et une romance adolescente (très peu prégnante mais très mimi – je n’ai pas d’autres mots). Mais au delà de tout ça, ce roman est bel et bien un outil de sensibilisation sur la question du suicide, abordée de différente manière dans l’ouvrage, avec notamment le « fantôme » de Connor qui nous narre entre les chapitres l’état d’esprit dans lequel il se trouvait ; et aussi l’âge adolescent et la dureté de cette période charnière où l’on se découvre. L’homophobie, bien que déguisée (comme dans la vie courante par ailleurs), est également un sujet abordé par les auteurs.

Au final romancés, tous ces thèmes se retrouvent contés par des plumes assez légères, il s’agit d’un roman jeunesse je le rappelle, mais qui est totalement accessible à tous les âges de par les sujets qu’il aborde (comme je l’ai dit plus haut). Il semble futile de parler de la mise en page ou bien de la dynamique de ce livre, mais la réelle organisation et cohérence de ce récit, agrémenté de quelques touches de modernité (comme des conversation sms introduites) l’a rendu très agréable et très rapide à lire.

À lire ou pas ? Un livre plein de messages donc, qui peut être une porte d’entrée à la compréhension de l’adolescence et des sujets tels que le suicide et leur prévention.

4/5 est ma note pour ce livre.

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