Chroniques·Science Fiction

Chronique 99 TRS – L’Anomalie par Hervé Le Tellier (Prix Goncourt 2020)

Couverture du livre

Résumé : « Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. ». En juin 2021, un évènement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte. Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.

L’Anomalie est un roman de science fiction écrit par Hervé Le Tellier et publié en août 2020 chez Gallimard. Le livre a reçu par ailleurs le Prix Goncourt 2020.

Disclaimer : là je m’attaque quand même à un bouquin où personne n’est d’accord en terme d’avis, moi-même je ne sais pas où j’en suis dans la compréhension de ce dernier, mais je me suis dis que l’écriture allait libérer la pensée. Du coup, je vous conseille vivement de le lire pour vous en faire votre propre idée (chez ton libraire tmtc, de toute façon ce livre est partout, même au Super U de mon patelin).

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu du primé. Pas n’importe quel primé, puisqu’on parle du Prix Goncourt 2020. Bookstagram m’en a fait l’apologie, et j’ai cédé comme le mouton que je suis, jamais loin de la bergerie de l’achat compulsif (#palinterminable). Le bandeau rouge est attirant, comme un gage d’une qualité certaine ; le résumé prometteur, assurant une hétéroclicité bienvenue dans une littérature française vieillissante et conservatrice ; et un genre plutôt innovant pour un Goncourt, à savoir de l’anticipation/science-fiction. Je publie cette chronique en juin 2021, date à laquelle l’Anomalie se produit, cette faille dans l’espace-temps qui fait atterrir le Paris-New York Air France 006 une deuxième fois, avec 243 passagers qui se trouvent dédoublés. Passager Mars et son double Passager Juin se réuniront pour raisonner sur des questions philosophiques comme « sommes-nous dans un programme, une simulation qui bug ? », « qui gardera notre fils ? », « de toute façon, on allait mourir dans 50 ans à cause du réchauffement climatique ». Gros programme donc pour nos personnages, que je vais développer par la suite.

Elle discerne dans le rictus de Prior cet indicible du Sud qu’il porte sur lui, ces signes et ces nuances symboliques qui imprègnent toutes les relations raciales, elle reconnaît cette posture spontanée qui autorise une riche dame blanche aux cheveux bien mis à offrir à son chauffeur noir le plus radieux des sourires {…}

Le récit se découpe en trois parties, plus ou moins rythmées, mais on peut applaudir le lyrisme de l’auteur qui reste engagé et inclusif sans être rébarbatif. Dans un premier temps, il aborde une dizaine de personnages, listing de personnalités différentes qui se veut représentatif de la diversité du monde (ethnie, sexe, orientation sexuelle, couleur de peau, métiers…) : un écrivain qui écrit par ailleurs un livre se nommant l’Anomalie (l’auteur indique qu’il s’est inspiré de deux de ses amis pour créer le personnage de Victor Miesel), une avocate, une pop-star, une petite fille agressée sexuellement par son père, ce dernier militaire retraité, un vieil architecte et sa conquête encore bien jeune… De là commence la deuxième partie, gouvernée par l’Anomalie, les technocrates et le protocole 42, inventé par deux mathématiciens après l’affaire des Tours Jumelles. Partie polar, donc, dont l’auteur montre une maîtrise certaine, et qui reste pour moi le meilleur moment du livre. L’Anomalie rend circonspectes les autorités, qui font intervenir bon nombre de personnes dans le domaine scientifique, de l’information, mais aussi de la religion… Car au delà de la gestion des doppelgängers, comment annoncer à la population cet évènement qui ne semble pas réel ?

Enfin survient la rencontre entre les deux copies, Passager Mars et Passager Juin, l’aberration pour les fanatiques, la médiatisation, les tentatives d’assassinat, beaucoup de philosophie, un tas de lettre qui touchent, des vies bouleversées, point culminant d’un récit dont on attend un dénouement réel (ou peut-être pas, tout dépend des interprétations). Dans tous les cas, Hervé Le Tellier profite de son livre pour offrir dans une ironie et un humour certains des prises de position sur des questions écologiques, LGBTQ+, la politique (il ne cite pas de noms, mais la description fait qu’on n’en a pas besoin ahah) et tant d’autres, toujours accompagné d’une syntaxe au style affirmé qui rend la lecture dynamique.

Toute gloire ne saurait être qu’une imposture, sauf peut-être dans la course à pied. Mais je suspecte quiconque affirme la dédaigner d’enrager d’avoir seulement dû y renoncer.

Point négatif de ma lecture, la fin. Le calligramme m’a laissé de marbre, réellement. Ça fait des jolies formes, ça fait une ouverture à l’interprétation et je suis souvent friande de ce genre de choses ; mais l’épanadiplose qui précède la disparition des lettres finales ne m’aide pas à accepter la finalité du livre. Hervé Le Tellier indique qu’il ne dévoilera pas (pour l’instant) la signification du calligramme, et certains motivés ont tenté de le décrypter ; pour ma part je reste bourrue, dans l’incompréhension, mais il parait que c’est une chose admirable (comme l’indique la première phrase du résumé). Je pourrais faire semblant, et me voir béate devant la qualité de cette littérature Oulipienne (google est ton ami si tu ne sais pas ce que c’est) mais je plane encore dans l’hésitation entre le génie de l’exercice littéraire entaché par l’excessive envie de plaire.

À lire ou pas ? Il ne faut pas nier la qualité de cet écrit, et encore moins son mérite, mais comme je l’ai dit plus haut, je ne suis pas du tout certaine de ce que j’en pense au final. J’ai été happé par l’idée originale du début, refroidie par la finalité que je trouve manquante (encore une fois, c’est une question ouverte donc ça dépend de tout le monde). Le mieux est pour vous que vous vous fassiez votre propre opinion.

3,5/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! Elle a été un peu dure à écrire puisqu’elle est tombée dans mon moment de non inspiration, et en plus je n’étais pas convaincue par la fin du livre ; mais en même j’ai bien aimé quand même (enfin le bazar dans ma tête quoi). Du coup, si vous aussi vous l’avez lu, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire que nous puissions échanger nos opinions !

Bouquinement vôtre, Jade

Et ici, florilège de citations que j’ai bien aimées, une fois n’est pas coutume :

On ne peut forcer personne à être ce qu’il n’est pas. Il faut de la tolérance, il faut de l’amour. Comment peut-on croire qu’on sera plus heureux en faisant du mal aux autres ?

{…} et d’ailleurs, il se méfie des métaphores. La guerre de Troie a sûrement commencé comme ça. Il sait malgré tout qu’il suffira qu’une de ses phrases soit plus intelligente que lui pour que ce miracle fasse de lui un écrivain.

Il faut toujours préférer l’obscurité à la science. L’ignorance est bonne camarade, et la vérité ne fabrique jamais du bonheur. Autant être simulés et être heureux.

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