Roman

Chronique 103 TRS – Sur Le Vif par Elizabeth Acevedo

Couverture du livre

Résumé : Emoni a de l’or au bout des doigts. Entre ses mains, saveurs et épices composent des plats incomparables. Mais Emoni a aussi une petite fille de 2 ans, et elle jongle entre le lycée, son rôle de jeune mère et le travail le soir pour aider sa grand-mère à payer les factures. Emoni ne pense pas qu’elle pourra faire des études, encore moins devenir cheffe dans un restaurant. Dans sa vie faite de responsabilités, il n’y a pas de place pour le rêve. Pourtant, l’ouverture dans son lycée d’un nouveau cours d’arts culinaires pourrait bien lui permettre de déployer son talent. Va-t-elle trouver en elle la force d’accomplir son rêve ?

Sur Le Vif est un roman YA écrit par Elizabeth Acevedo. Il a été traduit par Clémentine Beauvais et publié en France par les éditions Nathan en juillet 2021. Je tiens à remercier Babelio et les éditions Nathan qui m’ont permis de lire ce livre grâce à une Masse Critique.

Disclaimer : c’est un livre qui parle de sujets sérieux et pour lesquels je ne suis pas concernée, donc si des mots de cette chronique vous choque (même si j’essaie d’être full déconstruite), n’hésitez pas à m’envoyer un message ! Et puis sinon vous pouvez vous procurer ce livre chez votre libraire ou tout autre plateforme littéraire numérique.

Emoni est noire. A 17 ans. Une petite fille de deux ans. Comme elle le dit si bien, elle est « cette fille-là », celle que l’on ne veut pas devenir, que les parents redoutent et dont les autres ont pitié. Pourtant, tombée enceinte de Tyrone par accident à 14 ans, elle se démène pour offrir une vie respectable à Emma, sa fille, surnommée pléthoriquement Baby Girl. Ce surnom a par ailleurs gêné quelques lecteurs français, mais j’imagine que c’est un surnom tout à fait commun en Amérique et j’ai essayé d’en faire abstraction (même si je vous avoue que toutes les trois lignes, c’est compliqué, j’ai trop l’image des mecs qui disent ça en mode bg alors que frérot une chaussette a plus de classe à côté de toi). Emoni est au lycée et sa passion c’est la cuisine, elle a de la magie dans les doigts comme dit ‘Buela, sa grand-mère, qui l’a élevée tandis que son père disparaissait dans son salon de coiffure portoricain. Emoni est un mélange de culture qu’elle transmet à travers les saveurs qu’elle créé, et j’ai découvert dans cette narration à la première personne du singulier la vie touchante de cette adolescente.

J’ai toujours été petite, enfin physiquement pas très grande, alors les gens croient que ma personnalité l’est aussi. Et soudain, gonflée de partout, je suis devenue un panneau d’affichage ambulant : attention, voilà l’ado à la dérive, qui prend trop de place, qui attire trop l’attention.

Le ton est donné dès le début, annonçant des conditions de vie difficiles, dans un quartier populaire de Philly (Philadelphie) et son lycée de quartier qui accueille une diversité colorée que l’on retrouve par ailleurs sur la magnifique couverture du livre, où Emoni est représentée avec son foulard de cuisine, seul couvre-chef qui arrive à faire tenir sa superbe afro. Emoni nous parle de son point de vue d’adolescente, avec ses expressions et son français (anglais du coup) familier ce qui nous permet de nous imprégner encore plus dans la vie de cette jeune femme. Ses doutes, ses peurs, mais aussi ses ambitions, et la grande difficulté de faire la part des choses entre sa vie de maman, et son avenir étudiant. L’argent ne tombe pas des arbres, et Emoni jongle entre la garde de sa fille, les cours, et son travail à Burger Hit (wink wink). Alors que va-t-elle faire quand cette option d’art culinaire lui ouvrira les bras ? Elle hésite, puis se jette dans les bras de sa passion…

C’est un livre assez sensoriel qui nous fait travailler tout, le goût et l’odorat plus particulièrement (étant donné que la protagoniste principale fait de la cuisine, c’est bien normal), et j’ai adoré cette lecture fraiche sans être pour autant décontractée. Car derrière cette façade de « YA », on retrouve les traces violentes du racisme, l’homosexualité avec Angelica, la meilleure amie d’Emoni dont le personnage est extrêmement bien développé et tout aussi attachant que notre cuisinière. Les doutes amoureux, avec l’apparition de Malachi, le nouveau du lycée qui ne laisse pas Emoni de marbre (même si elle essaie tout pour se convaincre du contraire), faisant de cette œuvre un mélange d’une bouillonnante inclusivité qui résonne et offre au lecteur une vision d’un monde qu’il ne connaît pas s’il n’est pas concerné, ou au contraire une représentation nécessaire pour des communautés toujours invisibilisées.

Alors comment on fait quand un mec de dix-huit ans est meilleur comme père que comme copain ? J’ai lu quelque part : « La meilleure chose qu’un père puisse faire pour son enfant, c’est d’aimer la mère. » Mais il y a des fois où je me dis que la meilleure chose que Tyrone puisse faire pour Babygirl, c’est de foutre la paix à la mère.

La relation entre tous les personnages était aussi quelque chose de touchant, en passant par ‘Buela et Emoni dont les non-dits sont plus forts que les paroles ; la dure décision d’étendre la garde de Emma à Tyrone un week-end sur deux, et les beaux-parents qui détestent Emoni (bah à charge de revanche je déteste la belle-mère, y’a des claques qui se perdent) ; la lente redécouverte d’un idylle qu’elle s’interdisait, avec Malachi (personnage pref), tout aussi intéressant et développé qu’Angelica et Emoni, la relation assez compliquée entre Emoni et son père… C’était des relations très binaires, Emma/Emoni, Malachi/Emoni, Emoni/Buela, Emoni/Angelica mais elles étaient chacune belles et presque apaisantes… Amour, amitié, chamaillades, cuisine, un condensé de bien être dans un livre parsemé de messages enjolivés par l’écriture d’Elizabeth Acevedo et la brillante traduction de Clémentine Beauvais.

Si vous cherchez un livre qui se lit rapidement, sachez que les chapitres sont courts, et que vous dévorez en continuité les pages car vous êtes avides d’en apprendre plus sur la vie d’Emoni, vous voulez voir Emma grandir, vous voulez détester les beaux-parents, vous voulez suivre les aventures de ‘Buela, vous espérez que Malachi acceptera Emma… Je me suis vraiment accrochée aux personnages et à l’intrigue jusqu’au bout, alors que ce n’est pas vraiment le genre de roman que j’ai l’habitude de lire.

Je ne connais pas grand-chose question bactéries pathogènes et conservation du sucre, mais sérieux, je sais faire de bons plats qui rappellent aux gens que la nourriture n’est pas seulement là pour remplir un ventre vide. Elle est aussi là pour nourrir le cœur. Et ça, c’est bien une chose qu’on ne trouve dans aucun manuel.

À lire ou pas ? La vie d’Emoni est dure mais touchante, et les mots d’Elizabeth Acevedo retentisse au fond de mon cœur avec beaucoup de force. Je ne peux que vous conseiller de le lire.

4,5/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu ! Avez-vous déjà lu une des oeuvres d’Elizabeth Acevedo ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire que nous puissions discuter.

Bouquinement vôtre, Jade.

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