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Chronique 109 TRS – Presqu’îles par Yan Lespoux

Couverture du livre

Résumé : Un coin secret de champignons. Un tracteur en boîte de nuit. Une vierge phosphorescente. Un concert fantôme. Des chemins de sable qui serpentent entre les pins jusqu’à l’océan. L’envie de partir et le besoin de rester… Presqu’îles, ce sont des tranches de vie saisies au vol, tour à tour tragiques ou cocasses qui, à travers les portraits de personnages attachés de gré ou de force à un lieu, les landes du Médoc, parlent de la vie telle qu’elle est, que ce soit là ou ailleurs. Au fur et à mesure que ces textes courts se répondent et s’assemblent, un monde prend forme. Celui de celles et de ceux dont on ne parle pas forcément, que l’on ne voit pas toujours. Sans pathos, au plus près de son sujet, Yan Lespoux dessin un archipel de solitudes qui touche à l’universel.

Presqu’îles est un recueil de nouvelles plutôt noires, paru aux éditions Agullo en janvier 2021 dans la collection « Agullo Court ».

Disclaimer : je suis très très redondante, vous commencez à avoir l’habitude, mais je répète (encore) que mon avis peut paraître subjectif, et que vous, êtres dotés d’une conscience et d’un esprit critique, pouvez-vous procurer le livre dans toutes les librairies de France (et ui) si vous souhaitez vous faire votre propre avis (ce que je vous conseille fortement).

Sur la terrasse, à l’ombre des pins, j’entends le grondement chaleureux de l’océan. Il s’ébroue, s’amuse, tandis que les vagues que je soupçonne être géantes, se trémoussent au gré d’un vent d’ouest parfait. Le vent du Sud-Ouest donc, de mon Médoc chéri, celui pour lequel je reviens à chaque vacance, chaque week-end, chaque jour férié, pour retrouver enfin les poutres vertes de la maison de mes grands-parents. Un petit bout de moi, ma première année sur cette terre passée dans ces effluves marines sous le chant des cigales l’été, et la pluie rythmant le balancement de mon couffin l’hiver. Je n’y suis plus, mais je l’y retrouve, et Presqu’îles m’y ramène en me tirant par l’esprit. Silence. Flottement. Du sable qui s’agglutine sur le clavier, je souffle dessus pour le faire partir, et il se niche dans la tranche de Presqu’île. Je ris. C’est cocasse.

Les deux Bordelais remballent leurs couteaux. Au fond ils sont contents. Si on les a menacés de leur mettre un coup de fusil, c’est bien parce qu’on les considère un peu comme des copains du coin.

Extrait de « Le Bordelais »

Cocasse comme les tranches de vie que nous offre ce recueil. Bourdonnant de modestie, bourru, il n’est pas caricatural au point de dépendre nos lieux comme un folklore loufoque, mais nous y plonge avec mélancolie, dans la monotonie sage d’une lande de province. On y rencontre une tonne de personnage, les « locaux », les Bordelais qui viennent en vacances 6 mois sur 12, les chasseurs, les enfants du coin ; et je ne peux que sourire quand je lis les lignes qui décrivent cet endroit. Ils ont tous une histoire propre, sans pour autant être dépeints avec beaucoup de détails ; mais ils sont le cœur de ces landes et de ses traditions.

Devant les ruines du Cantabria, à un concert des Pogues, dans la dune ou la forêt, vous découvrirez autant de vies que de morts, de secrets que d’honnêteté ; et c’est avec un phrasé sans détour que Yan Lespoux vous emmènera dans les terres médocaines et leurs ablutions. Il ne s’encombre pas d’un lyrisme pédant pour offrir au recueil un rythme soutenu, avec des intrigues aussi appliquées que « droit au but », qui est très certainement une des grandes qualités de ce livre.

Le premier noyé de la saison, c’est un peu comme l’ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée, ça annonce une nouvelle période, un changement de lumière le matin quand on se lève. Ça rythme l’année. Et puis ça nous rappelle que nous, pendant ce temps là, on est vivants.

Extrait de « Noyades ».

Sur le bord d’un pin court un écureuil, tandis que je repense à la maîtrise littéraire dont Yan Lespoux fait preuve ; ce mélange de roman noir, de terroir sans fioritures nous rappelle à l’humilité. Il est doué, Yan Lespoux, doué de mots qui raisonnent pour ceux qui savent ; de mots qui font rire, qui intriguent, qui dégoûtent parfois quand un homme glisse dans un trou et que les voleurs l’y laissent sans un mot. Mais je ne suis que conquise par ces récits que j’ai dévorés si vite, happée par leur histoire. L’auteur maîtrise l’art de la nouvelle sans aucun doute ; et j’espère qu’il nous fera la plaisir de renouveler cette expérience avec, qui sait, d’autres pans de vie médoquine dont je ne me lasse guère.

Mention spéciale à : « Le Bordelais », « Carnet de Vie », « L’Arabe » et « Noyades » (mais toutes les nouvelles sont excellentes).

À lire ou pas ? J’ai eu du mal à trouver des mots pour décrire ce recueil, car ce dernier parle de lui-même : il est d’une grande qualité, émotionnant, clivant, et presque charmant d’authenticité. Un livre à se procurer de toute urgence si ce n’est pas déjà fait !

5/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, et j’espère qu’elle vous aura plu ! Avez-vous déjà lu Presqu’îles ? Et si oui, qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à laisser un commentaire que nous en discutions 🙂

Bouquinement vôtre, Jade

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