Chroniques·Théâtre

Chronique 118 TRS – Imprimé Déprimé par Claire Poirson

Couverture du livre

Résumé : Lorsque Tony attrape une administrite aiguë, maladie due à une overdose de documents administratifs, son mari, Marc, essaie de l’aider. Mais l’Administration française n’a pas dit son dernier mot… Codes à 10 chiffres donc trois majuscules et deux caractères spéciaux, redirections de plateformes téléphoniques en plateformes téléphoniques, dossiers perdus entre les services, la grande machine administrative redouble de créativité pour les pousser à bout. Tony, dont la maladie empire, se transforme en document Cerfa. Marc devra combattre vaillamment pour sauver son mari. Qui ne s’est jamais énervé devant un document Cerfa au point de sentir ses poings se serrer, les larmes monter et une violente envie de déménager sur une île désert où il n’existe aucune administration ? Qui n’a jamais envisagé une formation dans un temple de maîtres zen en voyant dangereusement arriver le moment des déclarations fiscales de fin d’année ? Si ces simples évocations vous crispent, tapez 1. Si vous êtes toujours serein.e, tapez 2. Sinon, merci de revenir au menu principal.

Imprimé Déprimé est une pièce de théâtre écrite par Claire Poirson et publiée en septembre 2021 aux éditions Ex Aequo dans la collection Entr’Acte (collection d’ailleurs dirigée par l’autrice). Merci à Claire de m’avoir une nouvelle fois fait confiance avec une de ses œuvres.

Disclaimer : je ne sais plus quoi vous dire, 118 disclaimers ça commence à faire beaucoup. Néanmoins vous n’échapperez pas à l’éternel refrain du « blabla être de logique et de pensée critique » « blabla se faire sa propre opinion ». La conclusion c’est que si vous désirez lire cette petite pièce bidonnante, c’est ici.

Il y a bien longtemps que je n’ai pas lu de pièce de théâtre ; cela doit remonter à mes années lycée (c’est pour vous dire), et cela n’a jamais été très agréable pour moi, tout simplement parce que lire des classiques du théâtre c’est bien mais toujours les mêmes c’est redondant. Alors quand Claire Poirson m’a proposé de lire son œuvre, j’ai sauté le pas. L’occasion de me réconcilier avec ce genre littéraire, surtout par la plume d’une autrice qui me plait déjà (on n’oublie son magnifique recueil Musc, dont vous pouvez trouver la chronique juste ici).

Lorsque nous nous étions rencontrées, elle m’avait déjà parlé de ce nouveau projet de satire de l’Administration. Un peu à la Astérix (oui, mes références cinématographiques sont TRÈS limitées) avec des histoires de formulaires, un truc à vous rendre zinzin tellement votre patience en prend un coup. C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai lu la pièce. Marc (mon très cher j’admire votre phlegme), le mari de Tony, doit se rendre à la sécu ? la médecine de travail ? je ne sais même plus tellement ils ont baladé ce pauvre bougre. Dans tous les cas, il doit témoigner que son mari est inapte à aller au travail, en apportant ce fameux certificat d’arrêt de travail (oh le beau Cerfa que voilà). Il n’est pas au bout de ses peines (et le lecteur non plus).

Il ne fait aucun doute que tout un chacun se retrouvera dans ce tourbillon de paperasses et cet agacement perpétuel de ne pas arriver simplement d’un point A à un point B. Mais là où j’ai trouvé l’écriture de Claire Poirson très intelligente, c’est qu’elle ne critique non pas les personnes qui composent l’Administration mais l’entité même. Un joli message de tolérance envers les employés qui eux aussi subissent les affres des manitous costumés qui décident que le Cerfa A sera nécessaire pour obtenir le Cerfa B. Mais pour avoir le Cerfa A, il faudra pour cela rentrer un code à 6 chiffres avec votre date d’anniversaire à l’envers. Sauf si vous êtes nés une année bissextile (ça c’est encore une autre affaire).

« Ci-git Michel.le, agrafeuse décédée de gavage aggravé, partie rejoindre la grève sans faire de vagues, et franchement ce n’est pas grave. »

Moi je trouve une allitération en g (évidemment), v, r et f (j’hésite pour le p je ne trouve pas qu’il y en ait assez)

J’ai beaucoup aimé le travail de mise en scène qui est évidemment inhérent au genre du théâtre, mais Claire Poirson a l’art de le rendre intéressant à décortiquer. Des feuilles qui trainent, volent, des agents administratifs que rien ne déconcentrent et surtout ce pauvre homme qui souffre d’administrite. Je suis réellement curieuse de voir ce que pourrait donner ces scènes dans une représentation physique (mais je suis sure qu’en plus d’exceller dans l’écriture, l’autrice excelle également dans la scénographie), mais les petits dessins qui accompagnent chaque ouverture de rideau sont déjà parlant !

Pour finir, autant vous dire que j’ai passé un excellent moment. J’ai ri du début jusqu’à la fin (bon, je me suis aussi un peu agacée au début mais ça c’est le syndrome post-traumatique post-administrite), d’autant plus que cette pièce est très rapide à lire, ce qui en fait une excellente œuvre pour se détendre après une longue journée de travail/révision, ou tout simplement parce que vous avez envie de vous fendre la poire pendant une bonne heure ! L’autrice n’hésite pas non plus à nous abreuver de figures de style plaisantes (oh la belle allitération dans la Complainte de l’agrafeuse) ce qui rend la lecture encore plus ludique !

À lire ou pas ? Inutile pour moi de continuer à encenser ce bouquin, vous aurez bien compris qu’il ne faut pas passer à côté ! Et même si vous avez un peu de mal avec le théâtre de manière générale (comme moi), ce livre vous conviendra parfaitement !

5/5 – dring dring la cloche du coup de coeur (ça faisait un moment qu’elle n’avait pas sonnée celle là)

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! Lisez-vous du théâtre de manière générale ? Avez-vous quelques titres à me conseiller ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire que nous en discutions !

Bouquinement vôtre, Jade

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