Chroniques·Roman

Chronique 119 TRS – Esther par Olivier Bruneau

Couverture du livre

Résumé : Anton et Maxine forment un couple sans histoires, doucement consumé par la routine. Une nuit, en rentrant d’un dîner, ils découvrent par hasard une lovebot – robot sexuel animé et doué d’intelligence artificielle – jetée dans des ordures. l’irruption dans leur vie de ce corps, programmé pour le plaisir mais martyrisé dans sa chair synthétique, va bien vite bousculer leur intimité. Tandis que la créature reprend peu à peu vie et révèle des fragments de son passé, ils ne se doutent pas encore que les preuves qu’elle a traversées la rendent exceptionnelle et en font la proie d’une traque féroce…

Esther est un roman d’anticipation écrit par Olivier Bruneau et publié aux éditions Le Tripode en avril 2020.

Disclaimer : lecture PG 16 car on parle de sexe et c’est assez violent parfois (mais encore une fois je ne suis pas votre mère). Et sinon vous pouvez vous procurer le livre dans toutes les bonnes librairies et sur l’internet.

J’ai découvert ce roman lors d’un live organisé par le VLEEL (ou Varions Les Éditions en Live), pendant l’un des nombreux confinements (le premier ? le deuxième ? allez savoir). Le résumé m’a tout de suite intrigué et en grande fan d’anticipation (cf les 3/4 de mes lectures), j’ai tout de suite cliqué sur « acheter » (encore une fois, si mon banquier passe par là, c’est la faute du vleel). Une famille tranquille, un love-bot ou « Synthétique » travailleur du sexe, de l’espionnage industriel (une chouille, vraiment), une enquête policière et une intrigue dans un futur qui semble bien trop proche, voilà ce que nous promet Esther. Messieurs Dames, vous reprendrez bien une part de cyprine (pardon) ?

Il réalisa soudain, incrédule, que ce dont l’être humain était capable de plus exceptionnel avait échoué là, dans cette chair synthétique, ce morceau de fesse qu’il claquait avec frénésie, excité tant par le geste que par le son produit, si criant de vérité.

Vous l’avez lu dans le résumé, Anton et Maxine décident un jour de se promener volontairement dans une ruelle sombre et mal famée (en fait ils rentraient d’un dîner mais c’était plus palpitant de dire ça). Quel surprise lorsqu’ils découvrent au pied des poubelles une masse humaine (qu’ils croient) aux multiples plaies, saccage macabre d’une entité non pas Organique (les humains donc) mais bien Synthétique. À leur pied git Esther, un robot dernière génération de Synthetic Industries, créé pour assouvir les besoins sexuels de ses utilisateur.ices. Dans cette société où le service public n’est plus qu’un souvenir lointain, remplacé par des sociétés privées qui régissent le monde (voilà à quoi vous attendre si on commence à privatiser toutes nos institutions), Anton décide de ramener Esther dans la demeure familiale (enfin la cabane de jardin, imaginez un peu la tête de Maxine si elle s’en était rendue compte).

C’est ainsi que débute notre histoire, et entre alors cette love-bot dans la vie de nos protagonistes. Elle prend une place à part entière dans ce couple qui bat de l’aile, frappé par la routine, où la vie sexuelle n’est plus qu’un lointain souvenir et porte le nom de Paul (leur fils). Mais Esther a de lourds secrets, comme en témoignent ses innombrables blessures ; et une course contre la montre s’enclenche quand les sbires de son créateur tentent de la récupérer. Autour de cela circonvoluent de nombreuses intrigues secondaires qui s’ancrent dans une société dystopique où les entités robotiques prennent une part de plus en plus grande dans notre vie : ils sont partout et tendent à remplacer peu à peu les salariés organiques (un peu comme quand ils ont dit « alala les radiologues je les aime bien mais dans 20-30 ans il n’y en aura plus », bah écoutez pour l’instant on n’y est pas encore).

Dans la hiérarchie des boulots de merde, sur une échelle de un à dix, je me mettrais facilement douze, se désolait Maxine tandis qu’elle ouvrait le portail des voisins.

L’auteur écrit bien, narre bien et décrit bien : là est l’art et la manière de porter un lecteur à une réflexion poussée. Cette dernière n’est pas forcément la plus novatrice, mais elle est savamment amenée : la place du robot dans la civilisation humaine ? Un esclave, un jouet, un défouloir. Mais est-ce vraiment éthique ? Avons-nous le droit de nous en prendre à ces créations qui, grâce aux technologies modernes de l’IA (pour Intelligence Artificielle) tendent à devenir de plus en plus singulières ? Que se passe-t-il si cette entité se retrouve alors dotée d’une propre conscience et d’une propre volonté, et que cette dernière cause soit dommageable aux entités humaines ? Ce récit est rythmé par l’évolution d’Esther, qui, sous l’influence d’un apprentissage dirigé par l’observation des mœurs des Organiques acquiert des capacités d’émotion quasi humaine ; avec le lot de déboires que cela comporte.

Réflexion personnelle, qu’en est-il de l’appellation Love Bot ? Est-elle volontaire, puisque ce robot n’est censé représenter qu’un accessoire de sexe ? Quand on y réfléchit bien, Frank Yalda, le créateur de Synthetic Industries, semble porter une attention bien plus particulière à ses robots, et éprouve parfois même un amour étrange pour ses créations, à la manière d’un scientifique fou ; et ces dernières, d’un réalisme fantastique, pourraient remplacer des Organiques en tant que love interest.

Pour finir, et même s’il y a encore beaucoup de choses à dire sur ce livre (vous m’excuserez mais mon cerveau ne marche plus très bien, j’aurai eu besoin d’un petit coup de main IA pour tout analyser), ce roman est une fiction scientifique effrayante, qui aborde de nombreux sujets intéressants comme la place des robots dans nos sociétés, les violences, la vie conjugale et ses déboires, la mégalomanie des grands de ce monde ; bref, une bonne compotée de sujets qui fonctionnent, excellemment décrits sous la plume d’Olivier Bruneau. À la fois corrosive et lascive, elle fait autant monter le feu aux joues qu’elle détruit un cœur d’une haine pour l’homme (avec un petit h car aucune femme n’a été aussi exécrable que TOUS les hommes de ce bouquin), rendant encore plus vivace la lecture.

À lire ou pas ? Un livre que je conseille pour tous les lecteurs d’anticipation, car l’intrigue est tenue d’une main de maître sans jamais nous perdre au détour des lignes de code d’Esther.

4/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! J’ai eu énormément de mal à l’écrire (pas à cause du livre mais bien à cause de mon cerveau) mais cela m’a fait du bien de mettre des mots sur mes pensées (ça faisait un bail). Connaissiez-vous Olivier Bruneau ? Avez-vous envie de découvrir ses livres ? N’hésitez pas à laisser un petit commentaire que nous en discutions.

Bouquinement vôtre, Jade

2 commentaires sur “Chronique 119 TRS – Esther par Olivier Bruneau

  1. Bonsoir, et merci pour cette très belle chronique ! J’aimerais écrire comme ça quand j’ai le cerveau en vrac 🙂 C’est très gratifiant de voir que mes intentions ont été comprises, que j’ai (modestement) réussi à soulever des interrogations chez le.la lecteur.trice sans lui imposer un message balourd. Et puis les compliments, c’est tout simple, mais on n’a pas encore inventé mieux pour la confiance, alors une fois encore, merci ! Et une très belle année à vous. Olivier

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s