Chroniques·Roman

Chronique 122 TRS – Le Chœur des femmes par Martin Winckler

Couverture du livre

Résumé : Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigé par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

Le Chœur des Femmes est un roman écrit par Martin Winckler et publié en février 2012 chez Gallimard (et republié en tant d’autres versions spéciales).

Disclaimer : 122ème disclaimer, mais comme ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, je me permets de récapéter : cette chronique est le fruit de mon avis qui pourra être subjectif, et donc, si l’envie vous en dit (mais que je ne peux QUE vous le conseiller), n’hésitez pas à vous procurer ce petit livre pour vous en faire votre propre opinion.

Il est intéressant pour moi de faire cette « analyse » (si on peut appeler ça une analyse). Je suis à la fois des deux côtés du rideau : patiente objet qui écarte les cuisses pour le spéculum de torture ; professionnelle de santé (allez quasi presque soyez sympa) qui délicatement insère l’objet pour observer les bas fond d’une femme. Je me reconnais donc dans les deux points de vue (comme notre protagoniste finalement). De manière peut être un peu plus modérée disons : en effet, Jean « Djinn » Atwood nous est dépeinte comme une interne de gynécologie-obstétrique agaçante et pédante ; et chacune de ses réflexions ont été pour moi un calvaire sans nom. Je ne dis pas que j’avais envie de lui faire du mal, mais un peu. Modérément car je ne suis pas foncièrement violente. Quoiqu’il en soit, notre protagoniste qu’on adore haïr – Martin Winckler est très doué pour nous faire détester ce personnage – brillante interne femme qui arrive à se faire une place dans les blocs opératoires au milieu d’hommes (bouquin écrit en 2009, la profession se féminise de plus en plus, on est en train de renverser la tendance uhu) dans une ambiance globalement « qui a la plus grosse » (vous m’excuserez les grossièretés), doit effectuer un semestre de gynécologie médicale pour pouvoir valider son cursus et devenir chef de clinique (c’est après interne, ils sont sympa les cc ils nous font des petits cours et j’ai remarqué qu’ils étaient tous beaux, en mode c’est inhérent au poste, si t’es moche tu deviens pas cc) dans un prestigieux établissement de santé. Exit les tenues de bloc (tu le voies venir le truc gros comme une soucoupe volante ?), bienvenue chez le docteur Karma (Franz de son petit nom) dans l’unité 77.

« Yep. Ah, ce qu’on fait ici est moins passionnant que « faire sauter des utérus ou engrosser des bourgeoises pressées », dit-elle en prenant une grosse voix. Mais c’est au moins aussi important… »

La cohabitation entre barbe bleue (Franz, enfin le Dr Karma mais tout le monde l’appelle Franz) et « Djinn » débute de manière totalement anarchique, du style vous trempez un chat dans l’eau, ça fait pareil que kaboum l’implosion de toutes les convictions de notre presque cheffe de clinique qui connaît tout par cœur. Car quelle chance, notre petit génie a une mémoire photographique et retient tout ce qu’elle lit (après, pas sur que ça apporte une certaine vision critique de la chose de tout savoir et de te référer seulement aux bouquins). Donc « Djinn », elle régurgite les recommandations, ne regarde pas les femmes, s’insurge devant 3 grammes de trop, une grossesse tardive… À l’opposé, le Dr Karma (même toi qui aime pas les gynécos tu le voudrais en gynéco), c’est le super pro qui fait tout en douceur, t’explique tout, cherche des solutions avec toi ; sans te juger sur quoi que ce soit (c’est pas ce que devrait faire tous les professionnels de santé en soi ?). Sexualité, contraception, doutes, tu peux lui parler de tout, et à coup de hochement de tête et de hhhmmm bien placés, tu ressors de consultation avec des réponses à toutes tes questions.

Vu de là, la présentation des personnages fait un peu caricatural, je le conçois. Mais vous seriez étonnés du nombre de chose que l’on voit en stage, et de la disparité de la disponibilité des docteurs. Le manque d’empathie de certains. Je souligne le mot empathie, c’est quelque chose que l’on nous apprend explicitement dans nos cours et qui pourtant n’est pas toujours appliqué par les ainés (aussi par les jeunes faut pas se mentir). Bon j’arrête de divaguer, mais du coup « Djinn », il lui en manque sacrément de l’empathie (tu me vois venir là ?). Le déroulement du livre suit finalement l’évolution de « Djinn » dans ce service, le changement de sa vision des choses, le tout agrémenté de témoignages de femmes qui nous racontent leurs histoires, leurs peurs, leurs envie, rendant à la patiente l’humanité qu’elle perd quand elle rentre dans ce bureau, observée de haut par le rapace à la blouse blanche.

{…} il plongera la main dans le tiroir, sortira une ordonnance, ouvrira le grand livre rouge, demandera : Qu’est-ce que vous prenez d’habitude comme pilule ? Minibaise ? Ah, pas étonnant que vous ne la supportiez pas, moi je prescris Maxinique qui est la dernière sortie et toutes mes patientes en sont toujours très con…, mais non, je le vois poser ses avant-bras sur le bureau, se pencher vers elle, croiser les doigts et je l’entends dire : Racontez-moi…

L’écriture de ce roman est assez originale puisque (et je l’ai dis plus haut, je radote un peu pardonnez-moi), on alterne entre les monologues logorrhéiques de « Djinn » qui restent incisifs, donc qui ne perdent pas le lecteur ; les témoignages à la première personne des patientes que « Djinn » vient à examiner-écouter-soigner avec le Dr Karma ; et les moments de communication entre ces deux êtres, qui passent de l’implosion à la symbiose. Le roman sert, autant à « Djinn » qu’au lecteur à dénoncer certaines pratiques aberrantes encore réalisées de nos jours, comme les mutilations génitales sur les enfants intersexes en vue d’une « réassignation sexuelle » à la naissance. On a aussi quelques clins d’œil à l’influence de l’industrie pharmaceutique et de leur participation à ces pratiques douteuses (WOP on te voit).

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui , malgré évidemment une pratique de la médecine un peu idéaliste (on y arrivera avec le temps, je l’espère), est un véritable appel à la tolérance, l’inclusion (du côté du public), et aussi un sorte de rappel à l’ordre à la profession médical. Nous ne sommes pas des tout puissants au savoir infini ; et la relation que nous entretenons avec les malades devraient se faire d’égal à égal, une médecine centrée sur le patient avec de la coopération et non pas du paternalisme (ce que l’on nous explique de plus en plus dans nos cours par ailleurs, mais qui semble évident).

À lire ou pas ? Oui ? Alors je suis un peu désolée pour cette chronique car j’ai vraiment plus parlé de mon ressenti par rapport à mon expérience personnelle qu’autre chose (clairement j’étais trop biaisée pour que ce soit objectif), mais je pense que ce livre a un impact assez fort et qu’il mérite qu’on le lise.

4/5 est ma note pour ce livre (Djinn part quelque fois en vrille et j’ai eu du mal à terminer ses logorrhées aha).

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous a plu ! C’est un peu ce que j’appelle une « chronique à chaud » et c’est très rare car en général je ne prends pas de parti (mais là impossible de faire sans prendre parti) donc si vous n’êtes pas d’accord avec mon avis il suffit de cliquer sur la petite flèche de l’onglet et pouf ça disparait. Mais on peut aussi discuter ensemble si vous laissez un commentaire 🙂

Bouquinement vôtre, Jade

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s