Chroniques·Roman

Chronique 127 TRS – La mère à côté par Thael Boost

Couverture du livre

Résumé : Rosy a 90 ans mais ne s’en souvient pas. D’ailleurs, depuis quelque temps, elle en a 62. La mémoire en naufrage, elle ne peut plus se raconter. Alors c’est sa fille qui prend la parole. Pour la retrouver, fixer des instants de vie, évoquer la relation fusionnelle qui les lie, l’inversion progressive des rôles et ce qu’il reste d’humour et d’amour, malgré la réalité brutale de l’effacement de soi.
S’appuyant sur des souvenirs d’enfance, elle ouvre un territoire où le passé et le présent cohabitent, et tente de restituer la vie simple et la personnalité de celle qui était un modèle de force active, d’excentricité et de joie de vivre.
La Mère à côté, c’est l’hommage lumineux et bouleversant d’une fille à sa mère, écrit dans l’urgence de lutter contre l’absence. Mais, au-delà de l’expérience personnelle, l’auteure donne une valeur collective à son récit, en tentant de répondre à cette question : que signifie pour une femme de vieillir ?

La mère à coté est le premier ouvrage de Thael Boost. Roman autobiographique, il a été publié en mai 2022 chez les Éditions Anne Carrière.

Disclaimer : aucun. Enfin achetez le livre quoi. C’est pas un ordre mais peut-être un peu quand même.

Mon très cher papi Roger. Enfin plutôt mon papi de Marmande. Cette semaine, j’ai lu les mémoires de Rosy. C’est paradoxal hein ? Ce n’est pas elle qui les a écrite, mais sa fille Thael. Un peu comme quand papa se souvenait pour toi. Ça s’appelle La mère à côté, comme vous auriez pu être Le père à côté. La maman de Thael, Rosy, elle a la même maladie que tu avais. Alzheimer. Moi je ne la connais que sous le nom d’Aloïs et de ses plaques amyloïdes, de la mémantine et du donépézil*. Simplement car ma formation m’a biaisé. Tandis que Thael, elle choisit de raconter l’amour, les tristesses, les sourires, la façade que papa devait surement afficher devant tes yeux interrogatifs et perdus. Le vilain mot qui commence par un A n’est prononcé que deux fois, et c’est bien mieux ainsi. Il catégorise, il infantilise, il déshumanise ; alors que Rosy, elle, est encore pleine de vie.

J’observe cette version inversée de l’enfance où chaque jour est une découverte, devenue négatif de tout ce que la mémoire refuse de livrer. Il y aurait presque une poésie à ce défilé de mots et souvenirs qui tirent leur révérence après un dernier salut au public.

La plume est superbe. Elle danse, elle raconte, elle manie l’humour et la tendresse avec adresse. Quelle joie de découvrir cet hommage à Rosy, moi qui suis ses aventures au travers du compte instagram Tete de Mum (aussi tenu par Thael Boost). Les chapitres sont courts, ils abordent autant le passé que le présent, analogie précieuse du temps où les rôles s’inversent au fur et à mesure que le cerveau évapore les souvenirs et les acquis, qu’ils soient sociaux ou familiaux. On apprend à connaître cette dame, cette maman qui sort de l’ordinaire, et Thael nous ouvre le livre de leur relation, de ses moments d’intimité et de leurs rituels.

Thael choisit l’humour au désarroi, dans des écrits débordant d’amour et de bienveillance, autant que de peurs et de questionnements. Elle nous dresse le portrait d’une maman originale, d’origine allemande, d’une modernité étonnante pour l’après-guerre, mais aussi du déclin d’une icône, agressée par l’âge et la condition social qu’il impose. Une grande réflexion autour du vieillissement et de ses tares, surtout du côté féminin, où la médecine et la société dissèque peu à peu les derniers guerriers flamboyants de la féminité. Le cancer, le rayon, les cachets, l’EHPAD ; tant d’entité qui s’assurent d’effacer la dignité de leurs locataires.

On joue comme quand j’étais petite. À la marchande, à la coiffeuse. Des heures de patience, suspendues dans le temps. On joue à faire semblant mais ce n’est plus moi l’enfant. Tu m’éclabousses en riant.

Chère Thael, merci d’avoir partagé ces moments de vie avec nous. Peu d’œuvres arrivent à me faire ressentir autant de choses que la tienne, d’autant plus quand on peut s’y identifier d’une façon aussi intense. Comme le dit très bien Jean-Marc (du compte jiemde), les aphorismes qui accompagnent le récit sont comme des étincelles dans la nuit. Justes, drôles, ils contrecarrent les plans du A maléfiques pour offrir un sourire au lecteur, qui a les joues rougies d’une larme émue après avoir lu que « ton cerveau remonte tout d’un cran. J’en suis arrivée à la conclusion que cette maladie est une parade trouvée par ceux qui ont peur de mourir pour ne plus avoir à regarder la mort en face. Il n’y a que quand on est enfant quand on est éternel. Tu laisses tout le monde partir devant et prends tes quartiers dans ce jour ce fin ». Merci Thael pour ce moment hors du temps, merci de faire vivre nos familles touchées par tes écrits.

À lire ou pas ? Il ne faut absolument pas passer à côté de La mère à côté, c’est touchant, c’est excellemment bien écrit.

5/5 pour ce livre, qui sera définitivement le premier coup de cœur de mon année littéraire.

*Thérapeutiques utilisés dans la maladie d’Alzheimer.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! Elle a été un peu difficile à écrire pour moi (déjà 7 ans que mon papi est parti mais dès que j’y pense, les larmiches montent au secours). Enfin bref, la première œuvre de Thael est une grande réussite qui mérite un gros lectorat. Je n’avais jamais autant mis de marque pages de citation, et choisir était compliqué ! Si jamais vous avez lu La mère à côté, ou bien que le livre vous intéresse, n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire que nous puissions en discuter !

Bouquinement vôtre, Jade

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